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LIVRE XXV11I.

naient. le mieux à l’Europe , il avait assez d’entente des passions hu-maines pour juger que Napoléon étail plein de pensées encore vagues,mais absorbantes, relativement à la Péninsule. Celte découverte faite,il avait essayé d’amener l’entretien sur ce sujet, et il avait vu tout àcoup la froideur de Napoléon à son égard s’évanouir, la conversationrenaître, et sinon la confiance, du moins l’abandon se rétablir. Il enavait profilé, et n’avait cessé d’ajouter, au tableau déjà si hideux de lacour d'Espagne , des couleurs dont ce tableau n’avait pas besoin pouroffenser les yeux de Napoléon. A propos du Portugal , il avait paru fortd’avis que descendre sur l’Ebre , s’y établir, en compensation de lacession faite à l’Espagne des bords du Tage , élait une position d’at-tente, utile et bonne à prendre. Napoléon n’inclinait pas vers ce pro-jet, et en préférait un autre. Mais M. de Talleyrand n’en élait pasmoins devenu son plus intime confident, après avoir été accueilli pen-dant deux mois avec une froideur extrême. On voyait sans cesse Na-poléon , dès qu il revenait de la chasse, ou qu’il quittait le cercle desfemmes, on le voyait en tète-à-lète avec M. de Talleyrand , parler lon-guement,, avec feu, quelquefois avec une sombre préoccupation, d’unsujet évidemment grave, qu’on ignorait, qu’on ne s'expliquait mêmepas, tant l’Empire semblait puissant, prospère et pacifié depuis Tilsit!Napoléon, se promenant dans les vastes galeries de Fontainebleau ,tanlôl avec lenteur, tantôt avec une vitesse proportionnée à celle deses pensées, mettait à la torture le courtisan infirme, qui ne pouvaitle suivre qu’en immolant son corps, comme il immolait son àme àflatter les funestes et déplorables entraînements du génie. Un seulhomme, privé pour la première fois de la confiance dont il avait joui,l’archichancelier Cambacérès , pénétrait le sujet de ces entretiens, n’o-sait malheureusement ni les interrompre, ni opposer ses assiduités àcelles de M. de Talleyrand ; car avec le temps Napoléon , devenu pourlui plus impérieux sans être moins amical, était moins accessible auxconseils de sa timide sagesse. Quelques mots échappés à l’arcliichan-celier Cambacérès avaient suffi pour déceler l’opposition de cet hommed’État clairvoyant à toute nouvelle entreprise, et particulièrement, àtoute immixtion dans les affaires inextricables delà Péninsule, où desgouvernements corrompus régnaient sur des peuples à demi sauvages,où l’on devait trouver décuplées les difficultés que Joseph rencontraitdans les Calabres. Napoléon avait donc parfaitement discerné l’opiniondu prince Cambacérès , et, craignant l’improbation d’un homme sage,