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LIVRE XXVIII.

dait à l’administration espagnole combien il existait de vaisseaux, ouconstruits, ou armés, ou équipés, elle ne pouvait le dire. Quand on luidemandait à quelle époque telle division serait prèle à lever l’ancre,elle était cnc re plus embarrassée de répondre. Tout ce que le gouver-nement savait, c’est que la marine était négligée. Il le savait, et levoulait même. La marine lui paraissait un intérêt secondaire, secon-daire pour une nation qui avait à défendre les Floridcs, le Mexique , lePérou, la Colombie, la Plata, les Philippines ! L’entreprise de luttercontre l’Angleterre lui paraissait une chimère quand la France etl’Espagne coalisées avaient des ports tels que Copenhague , le Texel,Anvers, Flessingue, Cherbourg, Brest, Rochefort, le Fcrrol, Lisbonne ,Cadix, Carlhagène, Toulon, Gènes, Tarente, Venise , et en pouvaientfaire sortir cent vingt vaisseaux de ligne ! Le gouvernement, c’est-à-dire le prince de la Paix, avait quelquefois l’indignité de déverser lui-même la raillerie sur la marine espagnole ; il avait des moqueries aulieu de larmes pour Trafalgar ! C’est qu’au fond il détestait la France ,cette alliée importune, qui lui reprochait sans cesse sa criminelleinertie ; et il préférait l’Angleterre, qui lui faisait espérer, s’il tra-

enlièrement connus, grâce à une inspection ordonnée dans les ports, et à un travailprécieux deM. Munos, le plus habile ingénieur de la marine espagnole. Un sem-blable travail sur l'armée fut ordonné à M. O’Farrill, et sur les finances à M. d’A-zanza. Ce travail, exécuté avant l'insurrection générale de l’Espagne , eut pouréléments, quant à l’armée, des inspections générales ; quant aux finances, les pa-piers de la caisse de consolidation. Le tout fut envoyé avec les pièces probantes àNapoléon, qui pendant plusieurs mois gouverna l’Espagnedc son palais de Bayonne .Là, tout s’éclaircit, et on sut exactement ce qu’on soupçonnait d’ailleurs, l’état dé-plorable de l’administration espagnole. C’est dans le recueil volumineux et très-curieux de ces papiers, réunis au Louvre avec les papiers de Napoléon, que sontpuisés les renseignements authentiques que je donne ici sur les affaires adminis-tratives de l’Espagne . J’ai fait de tous ces états une soigneuse confrontation, quine me permet pas de concevoir un seul doute sur leur exactitude. MM. Munos,O’Farrill, d’Azanza, n’écrivant ni pour le public, ni pour une assemblée, ne sou-tenant de polémique avec personne, faisant connaître purement et simplement lesressources dont on pouvait disposer, étaient forcésdedire Ja vérité, qu’ils n’avaientaucun intérêt à cacher, et l’appuyaient au surplus de documents irréfragables, telsque des inspections de la veille, ou des registres et des états de caisse. Du reste,à peu de chose près, leurs renseignements concordèrent avec ce que les agents deNapoléon lui avaient antérieurement appris. L’étude de tous ces documents m’adonc permis de tracer un tableau complet de l'état de la monarchie espagnole , quine pourrait pas être tracé aujourd'hui en Espagne ; car les documents ont passé enFrance au moment de l’invasion, et y sont restés depuis. J’ai ciu ce tableau utile,nécessaire meme à l'intelligence des événements ; et c’est pour cela que je me suisdonné la peine de le composer, et que je donne à mes lecteurs celle de le lire.