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LIVKE xxvnr.

en or et en argent, que la libre disposition de toutes les ressources duTrésor lui permettait d’amasser, et que le bruit public exagérait folle-ment, car on parlait de plusieurs centaines de millions entassés dansson palais. Ainsi, tandis qu’on se sentait misérable, on croyait toutela richesse nationale réunie chez Emmanuel Godoy. Au scandale pu-blic de ses relations adultères avec la reine, se joignaient de bienautres scandales encore. Après avoir épousé dona Maria-Luisa de Bour-bon, infante d’Espagne, propre nièce de Charles III , cousine germainede Charles IV , sœur du cardinal de Bourbon, qu’il avait choisie pourse rapprocher du trône, et qu’il négligeait par dégoût de ses modestesvertus, il était publiquement attaché, par mariage suivant les uns, parune longue habitude suivant les autres, à une demoiselle, nomméeJosefa Tudo, dont il avait plusieurs enfants. Il avait voulu donner àcelte liaison une sorte de consécration, en faisant nommer mademoi-selle Josefa Tudo comtesse de Caslillo-Fiel (Château-Fidèle), et enajoutant h ce titre une grandesse pour l’aîné de ses enfants. Il la com-blait de richesses, l’entourait d’une sorte de puissance ; car c’étaitauprès d’elle qu’on allait le voir, quand on désirait l’entretenir enliberté 5 c’était chez elle que les agents de la diplomatie européenneallaient chercher leurs informations; c’était de ses propos que les am-bassadeurs remplissaient leurs dépêches ; et, tout en épanchant auprèsd’elle les soucis, les chagrins, les anxiétés dont son aveugle légèreté nele sauvait pas, il trouvait encore dans la jeunesse et la beauté d’unesœur de mademoiselle Tudo des plaisirs qui mettaient le comble auxscandales de sa vie. Et toute l’Espagne connaissait ces honteux désor-dres ! la reine elle-même les connaissait et les supportait ! Le roi seulles ignorait, et remerciait le ciel de lui avoir envoyé un homme quitravaillait et gouvernait pour lui !

La malheureuse nation espagnole ne sachant, entre un favori inso-lent, une reine coupable, unroi imbécile, à qui donner son cœur, l’avaitdonné à l’héritier de la couronne, le prince des Asturies, depuis Fer-dinand VII , qui n’était pas beaucoup plus digne que ses parents del’amour d’un grand peuple. Ce prince, alors âgé de vingt-trois ans,était veuf d’une princesse de Naples , morte, disait-on, d’un poisonadministré par la haine de la reine et du favori; ce qui était faux,mais admis comme vrai par toute l’Espagne . Repoussé par sa mère quidans sa tristesse habituelle croyait apercevoir un blâme, par le princede la Paix qui croyait y découvrir une jalousie d’autorité, opprimé par