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LIVRE XXVIII.
le favori pour se garantir contre les dangers qu’ils prévoyaient. D’abordils songèrent à s’emparer du prince des Asturies, et à lui faire con-tracter un mariage qui le plaçât sous leur influence. Pour l’accomplis-sement de ce dessein ils jetèrent les yeux sur dona Maria-Theresa deBourbon, sirur de dona Maria-Luisa, princesse de la Paix. Ils pen-sèrent qu’en épousant cette infante, Ferdinand, devenu beau-frèred’Emmanuel Godoy, serait ou ramené, ou contenu. Mais Ferdinandopposa à ce projet des refus invincibles et même outrageants. « Moi,dit-il, devenir beau-frère d’Emmanuel Godoy, jamais! Ce serait unopprobre! ■> Ces refus, exprimés en un tel langage, redoublèrent lesanxiétés de la reine et du favori. Ils ne songèrent plus qu’à se prému-nir contre les conséquences de la mort du roi, supposée alors beaucoupplus prochaine quelle ne devait l’èlre. Le prince de la Paix était déjàgénéralissime de loutes les armées espagnoles. Il résolut, et la reineaccueillit cette résolution avec empressement, de se donner de nouveauxpouvoirs, afin de réunir peu à peu toutes les prérogatives de la royautédans ses mains, et d’exclure, quand il se croirait assez fort, Ferdi-nand du trône. Il voulait le faire déclarer inhabile à régner, transpor-ter la couronne sur une tête plus jeune, amener ainsi la nécessité d’unerégence, et s’attribuer cette régence à lui-même, ce qui aurait assuréla continuation du pouvoir qu’il exerçait depuis tant d’années. Ce planune fois arrêté, on commença par compléter l’autorité nominale duprince, car son autorité réelle était depuis longtemps aussi entièrequ’elle pouvait l’être. On persuada au roi que, grâce à EmmanuelGodoy, l’armée se trouvait dans un état florissant, mais qu’il n’enétait pas ainsi de la marine ; que celle-ci avait besoin de recevoir l’in-fluence du génie qui soutenait la monarchie espagnole que la placersous l’autorité directe du prince de la Paix, ce serait rendre sa réorga-nisation certaine, et procurer une vive satisfaction au puissant Empereurdes Français , lequel se plaignait sans cesse de la décadence de la ma-rine espagnole. Charles IV adopta cette proposition avec la joie qu’ilmettait toujours à se dépouiller de son autorité en faveur d’EmmanuelGodoy, et celui-ci, par un décret royal, fut gratifié du titre de grandamiral, titre qu’avaient porté l’illustre vainqueur de Lépante , don Juand’Autriche, et plus récemment encore l’infant don Philippe, frère deCharles III. A ce titre, qui conférait à Emmanuel Godoy le comman-dement de toutes les forces de mer, outre le commandement de toutesles forces de terre qu’il avait déjà, on ajouta celui d’ altessf. sérénis-