LtVKS XXVIII.
19»
gique, qui satisfit à la majesté du trône outragée, et garantit l’Étal duretour de pareils complots. Il fut donc résolu qu'on arrêterait à l’ins-tant même le prince et ses complices, qu’on appellerait ensuite lesministres, les principaux personnages de l’Etat,qu’on leur dénonceraitla découverte qu’on venait de faire, et la résolution royale d’intentercontre les coupables un procès criminel. C’était là une résolution abo-minable et insensée, car après un tel éclat il fallait poursuivre le princeà outrance, le convaincre de crime, fùt-il innocent, le priver de sesdroits au trône, et donner ainsi à ce trône suspendu au bord d’unabîme un ébranlement qui pouvait l’y précipiter, qui l’y a précipitéen effet. Mais poursuivre le prince, le faire condamner par des jugesvendus, le priver de la couronne, était justement ce que voulait cettereine furieuse, quelque péril qu’il y eût à braver !
Tout ce qu’elle désirait s’accomplit. Godoy fut renvoyé à Madrid ,pour faire croire qu’il n’en était pas sorti, et qu’il était étranger auxscènes tragiques de l’Escurial. Le roi se rendit auprès de Ferdinand,lui demanda son épée, et le constitua prisonnier dans son propre ap-partement. Des courriers furent ensuite envoyés dans toutes les direc-tions, pour ordonner l’arrestation des prétendus complices du prince.Les ministres, les membres des conseils furent convoqués, et, la con-sternation sur le front, reçurent communication de tout ce qui avaitété décidé. Us donnèrent leur adhésion silencieuse, non par zèle, maispar abattement.
Il n’était plus possible après un semblable scandale de cacher à lanation espagnole les tristes événements dont l’Escurial venait d’être lethéâtre. Dans les pays asservis, où toute publicité est interdite, lesnouvelles importantes ne se répandent ni moins vite, ni moins com-plètement. Elles volent de bouche en bouche, propagées par une cu-riosité ardente, et exagérées par une crédulité non détrompée. Madrid tout entier savait déjà, et toutes les villes d’Espagne allaient savoir lesscènes de l’Escurial. Cependant publier officiellement la prétenduedécouverte du complot, c’était dénoncer le prince à la nation, etrendre irréparables les malheurs du trône. Mais la reine et le favori nevoulaient pas autre chose. Eu conséquence ils exigèrent un acte de pu-blicité, et dans un pays où il n’y en avait que pour les plus grandsévénements, tels qu’une naissance ou une mort de roi, une déclara-tion de guerre, une signature de paix, une grande victoire, unegrande défaite, le décret royal qui suit fut communiqué à toutes lesautorités du royaume :