Band 
[7. - 8.]
Seite
194
JPEG-Download
 

LIVÜE XXVIII.

194

pleine d’une ridicule douleur, dépourvue de toute dignité, où il sedisait trahi par son fils, menacé dans sa personne et son pouvoir, etn’annonçait pas moins que la volonté de changer l’ordre de successionau trône *.

Napoléon n’avait reçu, comme on l’a vu plus haut, la lettre du11 octobre, dans laquelle Ferdinand lui demandait sa protection etune épouse, que le 28 du même mois. Il reçut successivement dansles journées des S, G et 7 novembre, celles de son ambassadeur et deCharles IV , qui lui apprenaient l’esclandre qu’on n’avait pas craint defaire à l’Escurial. Il était donc en quelque sorte obligé de s’immiscerdans les affaires d’Espagne , quand incme il ne l’eût pas voulu, et cer-tainement beaucoup plus tôt qu’il ne s’y attendait et ne le désirait.Depuis quelques temps, ainsi que nous venons de le rapporter., il sedisait qu’il y avait danger à iaisser des Bourbons sur un trône à la foissi haut et si voisin, cl qu’il fallait de plus renoncer à tirer de l’Es-pagne aucun service utile, tant quelle resterait aux mains d’une racedégénérée. Il ne savait quel prétexte employer pour frapper des esclavesprosternés à ses pieds, le détestant, voulant le trahir, l’essayant quel-quefois, puis désavouant avec humilité leurs trahisons à peine com-mencées. Une se dissimulait pas non plus le danger, en détrônant ladynastie espagnole, de heurter une nation ardente et farouche, dési-rant des changements, incapable de les opérer elle-même, et prête

1 Voici le texte même de cette lettre :

Lettre du roi Charles IV à l’Empereur Napoléon .

« Monsieur mon frère, dans le moment où je ne m'occupais que des moyens decoopérera la destruction de notre ennemi commun, quand je croyais que tous lescomplots de la ci-devant reine de Naples avaient été ensevelis avec sa fille, je voisavec une horreur qui me fait frémir que l’esprit d’intrigue a pénétré jusque dansle sein de mon palais. Hélas! mon cœur saigne en faisant le récit d’un attentat siairreux ! Mon fils aîné, l’héritier présomptif de mon trône, avait formé le complothorrible de rne détrôner : il s’était porté jusqu’à l’excès d’attenter à la vie de samère. Un attentat si affreux doit être puni avec la rigueur la plus exemplaire deslois. La loi qui l’appelait à la succession doit être révoquée : un de ses frères seraplus digne de le remplacer et dans mon cœur et sur le trône Je suis en ce momentà la recherche de ses complices pour approfondir ce plan de la plus noire scéléra-tesse. etjeneveux pas perdre un seul moment pour en instruire V. M. I. et R. enla priant de m’aider de ses lumières et de ses conseils.

» Sur quoi, je prie Dieu, mon bon frère, qu'il veuille avoir V. M. I. et R. en sasainte et digne garde.

« CHini.Es.

« A Saiiil-Laiimit. le *21) octubrc IC07. »