Band 
[7. - 8.]
Seite
209
JPEG-Download
 

ARAXJüEZ.

209

des (Miculiés qui les attendaient sur cette terre inhospitalière.

L’armée appelée à y entrer d’abord était celle du général Junot . Samission, comme on l’a vu, consistait à s’emparer du Portugal . Elleétait composée d'environ 2(j,000 hommes, dont 25,000 présents sousles armes, et suivie de 5,000 à 4,000 hommes de renfort, tirés desdépôts. Elle était distribuée en trois divisions, sous les généraux La-bordc, Loison, Travot. Elle avait pour principal officier d’état-majorle général Thiébault, et pour commandant en chef le brave Junot ,aide de camp dévoué de Napoléon, un moment ambassadeur en Por-tugal , officier intelligent, courageux jusqu’à la témérité, n’ayant d’autredéfaut qu’une ardeur naturelle de caractère, qui devait aboutir unjour à une maladie mentale. L’armée était formée de jeunes soldatsde la conscription de 1807, levés en ISOG, mais enfermés dans dovieux cadres et suffisamment instruits. Ils étaient très-capables de sebien comporter au feu, mais malheureusement peu rompus aux fatigues,qui allaient devenir cependant leur principale épreuve. Napoléon , quivoulait qu’on entrât promptement à Lisbonne , pour y surprendre nonpas la famille royale dont il se souciait peu, mais la flotte portugaiseet les immenses richesses appartenant aux négociants anglais , avaitdonné ordre au général Juiiol de redoubler de célérité, de n’épargnerà ses soldats ni fatigues ni privations, afin d’arriver à temps. Junot,dans son ardeur, n’était pas homme à corriger par un sage discerne-ment ce que cet ordre pouvait avoir de dangereux dans les pays qu’onallait traverser.

Le 17 octobre, l’armée entra en Espagne sur plusieurs colonnes,afin de subsister plus aisément. Elle se dirigea sur Valladolid , parTolosa, Vittoria et Burgos . Malgré les promesses du prince de la Paix,presque rien n’était préparé sur la route, et le soir on était obligé deréunir quelques vivres à la hâte pour nourrir les troupes exténuées desfatigues de la journée. Les gîtes étaient détestables, remplis de ver-mine, et si repoussants que nos soldats préféraient coucher dans leschamps ou dans les rues, plutôt que d accepter les tristes abris qu’onleur offrait. La population les accueillait avec la curiosité naturelle àun peuple vif, amoureux de spectacles, et à qui son inerte gouverne-ment n’en procurait guère depuis un siècle. Les classes élevées rece-vaient, bien nos troupes, mais déjà le bas peuple montrait à leur égardsa sombre haine de l’étranger. Sur la route de Salamanque , quelquescoups de couteau furent donnés à des soldats isolés, bien qu’ils seconduisissent partout avec la plus sage retenue.