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LIVRE XXIX.
L’année, en arrivant à Salamanque , où elle fit une courte halle,avait déjà beaucoup souffert des fatigues, et laissé un certain nombred’hommes en arrière. Le général Junot, qui avait un chef d état-majorprévoyant, établit à Valladolid, à Salamanque, et en avant à Ciudad-Rodrigo , des dépôts composés d’un commandant de place, de plu-sieurs employés d’administration, et d’un détachement, pour y re-cueillir les hommes fatigués ou malades, et les acheminer plus tard àla suite de l’armée en groupes assez nombreux pour se défendre.L’ordre de marcher saris relâche ayant trouvé l’armée à Salamanque ,elle quitta cette ville le 12 novembre, formée en trois divisions. Elleavait à traverser, pour se rendre de Ciudad-Rodrigo à Alcantara, lachaîne de montagnes qui sépare la vallée du Douro de celle du Tage ,et qui est le prolongement du Guadarrama. De Salamanque à Alcan-tara, il fallait faire cinquante lieues par un pays pauvre, montagneux,boisé, habité seulement par des pâtres, qui avaient l’habitude d’y conduire leurs troupeaux deux fois l’an : en automne quand ils se ren-daient de la Vieille-Castille en Estramadure , et au printemps quand ilsrevenaient de l’Estramadure dans la Vieiile-Castille. Bien que les au-torités espagnoles eussent promis de préparer des vivres, on ne trouvapresque rien à San-Munos, point intermédiaire qui partageait en deuxla distance de Salamanque à Ciudad-Rodrigo . Les troupes parcoururentdonc dix-neuf lieues eu deux jours, sans manger autre chose qu’unpeu de viande de chèvre, qu’elles se procuraient en saisissant lestroupeaux rencontrés sur leur roule. A Ciudad-Rodrigo , ville assezconsidérable, et place forte de grande importance, on trouva uu gou-verneur fort mal disposé, qui pour s’excuser allégua l'ignorance où onl’avait laissé du passage de l’armée française, et qui ne se donnaaucune peine pour suppléer aux préparatifs qu’on avait négligé de faire.On recueillit cependant quelques vivres, assez pour fournir demi-rationaux soldats; on organisa un nouveau dépôt pour y recueillir les traî-nards, dont le nombre s’accroissait à chaque pas, et on s’achemina versles montagnes, pour passer du bassin du Douro dans celui du Tage . Letemps était tout à coup devenu affreux, ainsi qu’il arrive dans ces con-trées méridionales, où la nature, extrême comme les habitants, passeavec une singulière violence de la température la plus douce à la plusrigoureuse. La pluie, la neige se succédaient sans relâche. Les sentiersque suivaient les diverses colonnes étaient entièrement défoncés, etdisparaissaient même sous les pas des homrties et des chevaux. Trom-