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ATUNJD Z.

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pées par des guides a demi sauvages, qui se trompaient souvent eux-mêmes, faute d’avoir jamais franchi les limites de leur village, plusieurscolonnes s’égarèrent, et arrivèrent près des crêtes de la chaîne, au vil-lage de Pena Parda, épuisées par la faligue et la faim, laissant sur laroule une partie de leur monde. 11 fallait, pour vivre, aller coucher àla Moraleja , sur le revers des montagnes. Une tempête affreuse sur-vint. En un instant tous les torrents furent débordés, et, au milieudu mugissement des vents, du bruit des eaux, nos soldats inexpéri-mentés, n’ayant presque pas mangé depuis plusieurs jours, n’espérantpas de gîtes meilleurs pour les jours suivants, furent saisis de l’une deces démoralisations subites, qui surprennent, abattent les âmes jeunes,peu habituées aux traverses de la vie guerrière. La nuit étant venue,et les tambours détendus par la pluie ne donnant plus de sons, unesorte de confusion s’introduisit dans cette marche. Les soldats ne dis-tinguant plus les lieux, ayant de la peine à s’apercevoir les uns lesautres, et cherchant à communiquer entre eux par des cris, firent re-tentir ces montagnes de hurlements sauvages. Les officiers n’étaient,plus ni reconnus ni écoutés; l’indiscipline s’était jointe au désespoir,et la scène était devenue affreuse. Cependant, une première colonneétant arrivée vers onze heures du soir à la Moraleja , et ayant trouvéun détachement déjà rendu au gîte, fit connaître dans quel état elieavait laissé le reste de l’année. Alors on fit sortir les hommes les moinsfatigués pour aller au secours de leurs camarades. On alluma de grandsfeux, on plaça un fanal au sommet du clocher, on sonna le tocsin pourattirer sur ce point les hommes égarés. Par surcroît de malheur, iln’avait pas été fait plus de préparatifs à la Moraleja qu’ailleurs. Lesvivres manquaient absolument. Les soldats, dans le délire de la faim,ne respectant plus rien, se livrèrent au pillage, et ravagèrent ce mal-heureux bourg, qui fut. ainsi victime de l’inexactitude du gouverne-ment espagnol à remplir ses promesses. Il n’y avait pas au moment del’arrivée un quart des hommes autour du drapeau. Peu à peu, dans lanuit, tout ce qui n’avait pas succombé à la fatigue, tout ce qui n’avaitpas été noyé dans les torrents, ou assassiné par les pâtres de l’Estra-madure, atteignit le gîte dévasté de la Moraleja . Quelques chèvressuffirent encore, non pas à satisfaire la faim des soldats, mais à lesempêcher de mourir d’inanition. Il était impossible de s’arrêter en untel lieu, et le lendemain on s’achemina sur Alcantara, où l'on joignitenfin les bords du Tage et la frontière du Portugal .