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LIVIsE XXIX.

sans cesser de la craindre, cl on lui offrait de bonne volonté cc que lepremier jour on lui avait offert sous une impression de terreur.

Le général en chef avait précédé son armée à Abrantès pour prépa-rer d’avance les secours que réclamait son triste étal. Les habitants seprêtèrent à tout ce qu’il voulut. On réunit du bétail, du pain enabondance, et, pour la première fois depuis leur départ de Salaman-que , c’est-à-dire depuis douze jours, les soldats reçurent la rationcomplète. On leur procura des vins excellents, de la chaussure, desvêtements, des moyens de transport. On put même envoyer en arrière |des voitures pour recueillir les hommes fatigués ou malades. Le temps în’était pas encore redevenu serein et sec; mais on se trouvait dans un ;beau pays, uni, chaud, couvert d'orangers, cxalant les doux parfums adu Midi, présentant le spectacle du bien-être et de la richesse. L’effet |sur ces jeunes soldats, accessibles à toutes les sensations, fut prompt, ]et ils passèrent en deux jours du plus sombre désespoir à une sorte de :joie et de conliance. Beaucoup d’entre eux étaient encore engagés aumilieu des rochers du Beira ; mais ils venaient peu à peu, par bandesdétachée', recevoir à leur tour la douce impression d’une belle con- îtrée, abondante en ressources de tout genre. |

Junot fit réparer les armes, et, réunissant les compagnies d’élite, Jforma une colonne de -f,000 hommes, en état de continuer la marche |sur Lisbonne . Ayant prévenu par sa célérité une résistance qui, dans jles montagnes du Beira, aurait pu devenir invincible, il avait recueilliun premier prix de ses efforts. Mais il aurait voulu arriver à Lisbonne , ;de manière à saisir au passage tout ce qui allait s’échapper de cette \capitale. Ce second succès était presque impossible à obtenir.

En ce moment une incroyable confusion régnait à Lisbonne . Leprince régent, qui gouvernait pour sa mère, atteinte de démence, avait ;flotté entre mille résolutions contraires. Il avait essayé, d’accord avecle cabinet de Londres , de faire accepter à Napoléon un moyen terme,qui consistait à fermer ses ports aux Anglais , sans confisquer leurs ,propriétés. Napoléon s’y étant refusé, le prince régent était retombé idans d’affreuses perplexités. Ses ministres, partagés sur la conduite àsuivre, conseillaient, les uns de vivre comme on avait toujours vécu,c’est-à-dire de rester attachés à l’Angleterre, et de résister aux Fran-çais avec le secours de celle-ci ; les autres de sortir des errements du ’passé, d’entrer dans les vues de la France, de chasser les Anglais , et !de s’épargner ainsi une invasion étrangère. D’autres encore proposaient