ARANJUF*.
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entre la douleur, la colère, la curiosité, la terreur. A l’embouchuredu Tage , la flotte anglaise croisait pour recevoir les émigrants et lesproléger au besoin de son arliilerie.
Toute la journée du 27 se passa ainsi, les vents ne permettant pasla sortie du Tage , et l’anxiété régnant sur la flotte portugaise ; car siun détachement français parvenu à temps à Lisbonne eût couru à latour de Bclem, le Tage se serait trouvé fermé.
Pendant ce temps le général Junol, menant à la hâte ses malheu-reux soldats, arrivait à perte d’haleine sous les murs de Lisbonne . Ilavait été retenu pendant les journées du26et du 27 devant leZezère,dont les eaux s’étaient élevées de douze à quinze pieds en quelquesheures, et qui se jette dans le Tage , près dePunhelte. Il le passa avecquelques mille hommes, dans des bateaux que lui amenèrent des ma-riniers bien payés,et au milieu des plus grands périls , car ces bateauxemportés avec une grande violence allaient tomber dans le Tage , etétaient ensuite obligés d’en remonter le cours pour rejoindre le pointde débarquement. Le 28, Junot marcha sur Santarem , à travers lesinondations qui couvraient au loin les bords du Tage , et au milieudesquelles les soldats faisaient quelquefois une lieue de suite, en ayantde l’eau jusqu’au genou. Le 29, il atteignit Saccavem, et y reçut desnouvelles de Lisbonne . Il apprit que la famille royale était embarquéeavec toute la cour, et qu’elle allait emmener la marine portugaisechargée de richesses. Il n’était plus à espérer qu’on put arriver à temps ;mais il fallait prévenir un soulèvement, qu’il aurait été impossible decomprimer avec quelques millehommes épuisés, n’ayant pas un canon.Le général Junot prit son parti résolument, et quitta Saccavem le 50au malin avec une colonne qui n’était pas de plus de quinze cents gre-nadiers, et avec une escorte de quelques cavaliers portugais rencontréssur sa route qu’il avait obligés à le suivre. Il entra dans Lisbonne àhuit heures du matin, fut reçu par une commission du gouvernement,à laquelle le prince régent avait livré le royaume, et par un émigrefrançais , M. de Novion, qui était chargé de la police, et qui s’acquit-tait de ce soin avec autant d’intelligence que d’énergie. Le généralJunot trouva la capitale tranquille, désolée de la présence de l’étran-ger, mais soumise, et d’ailleurs tellement indignée de la fuite de lacour, qu’elle en voulait un peu moins à ceux qui venaient prendre sontrône. La flotte portugaise, après avoir attendu sous voiles toute lajournée du 27, et une partie de celle du 28, avait enfin franchi le soir