LIVRE XXIX.
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la banc du Tage , grâce à un changement de vent , et avait été ac-cueillie par les salves de la flotte anglaise, saluant la royauté fugitive.L'amiral Sidney Smith détacha une forte division pour accompagnercette royauté eu Amérique, où elle allait commencer par le Brésil l'af-franchissement de loutes les colonies portugaises et espagnoles ; car ilétait donné à la révolution française de changer la face du nouveaumonde comme de l’ancien, et ces trônes de la Péninsule, quelle pré-cipitait dans l’Océan, devaient y produire en tombant un reflux quise ferait sentir jusqu’à l’autre bord de l’Atlantique.
Le général Junot avait donc vu lui échapper une partie des résultatsqu'il poursuivait avec tant d’ardeur. Mais quelques carcasses de vais-seaux tellement usées que les fugitifs qui s’y étaient embarqués crai-gnaient de ne pas arriver au Brésil , quelques pierreries, quelquesmétaux monnayés, et enfin une famille dont la prise eût été un grandembarras, ne valaient pas l’avantage de devenir maître sans coup férirdes plus importantes positions du littoral européen, et d’avoir prévenu june résistance qu’on n aurait pas pu vaincre si elle avait été tant soitpeu énergique. Le général Junot et son armée avaient donc recueilli leprix de leur constance. Mais il fallaits’élablir à Lisbonne , rallier l'armée,la faire reposer, la pourvoir du nécessaire, et lui rendre 1 aspect impo-sant qu’elle avait perdu pendant cette marche mémorable.
Vers la fin de la journée du 50, Junot vit arriver une partie de lapremière division. Il s’empara des forts et des positions dominantes deLisbonne , qui est située sur quelques collines, au bord des eaux épan-chées du Tage . La commission du gouvernement, et surtout le com-mandant de la légion de police,M. de Novion, l’aidèrent dans le maintiende l’ordre ; en quoi ils agirent en bons citoyens, car l’ordre troublé n’eûtamené qu’une effusion inutile de sang, et peut-être le sac de Lisbonne .Junot répartit les troupes de la manière la plus convenable pour leurbien-être et leur sûreté au milieu d’une population ennemie de troiscent mille âmes. Après avoir solidement établi les premiers détache-ments arrivés, il s’occupa de rallier les autres. Beaucoup de soldatsavaientété ou noyés ouassassinés; quelques-uns étaient morts de fatigue.Cependant, quoique très-regrettables, ces pertes n’étaient pas aussigrandes qu’on aurait pu le craindre d’après le petit nombre d’hom-mes qui se trouvaient dans les rangs le jour de l’entrée à Lisbonne .Les relevés faits plus lard constatèrent que les morts ou égarés ne dé-passaient pas 1,700. Il restait donc environ 21,000 ou 22,000 soldats, |