Band 
[7. - 8.]
Seite
223
JPEG-Download
 

ARANJUEZ .

225

de la cour qu’au sein du pays lui-même. Le prince des Asturies, queson abjecle soumission, sa lâche trahison envers ses amis, auraient dûdéshonorer, était au contraire adoré d’une nation qui, ne trouvant pasun autre prince à aimer dans cette famille dégénérée, se plaisait à toutexcuser chez lui, et imputait à ses ennemis, à leurs menaces, à leurtyrannie, ce qu’il y avait eu d’équivoque dans sa conduite. La demanded’une princesse française adressée par Ferdinand à Napoléon , demandedésormais bien connue, avait tourné les yeux delà nation comme ceuxdu prince vers le haut protecteur qui réglait en ce moment les desti-nées du monde. Les troupes françaises déjà entrées sur le territoireespagnol, celles qui s’accumulaient entre Bordeaux et Bayonne , excé-dant de beaucoup la force nécessaire à l’occupation du Portugal , ac-créditaient l’opinion que ce puissant protecteur songeait à se mêler desaffaires de l’Espagne , et la nation tout entière se plaisait à croire quece serait dans le sens de ses désirs, c’est-à-dire pour renverser le fa-vori, reléguer la reine dans un couvent, Charles IV dans une maisonde chasse, et donner la couronne à Ferdinand VII uni à une princessefrançaise. L’attitude de M. de Beauharnais ne faisait que favoriser cesillusions. Cet ambassadeur, plein d’aversion pour le favori, induit parses rapports secrets avec le prince des Asturies à lui porter de l’in-térêt, se flattant que ce prince épouserait bientôt une princesse françaisequi était sa parente (mademoiselle de Tascher ), abondait dans tousles sentiments des Espagnols eux-mêmes, et ceux-ci, croyant que lereprésentant de la France avait ordre d’ètre tel qu’il se montrait, seprenaient pour Napoléon et les Français d’un enthousiasme croissant,au point que nos troupes, au lieu d’ètre pour le peuple le plus défiantde la terre un sujet d’alarme, étaient au contraire devenues pour luiun sujet d’espérance.

Vainement quelques esprits plus avisés se disaient-ils que pour ren-verser un favori abhorré de la nation espagnole il ne faudrait pas tantde soldats, qu’il suffirait pour le précipiter dans le néant d’un signede tête du tout-puissant empereur des Français ; que ces troupes quis’accumulaient étaient peut-être les instruments longuement préparésd’une résolution plus grave, tendant à exclure les Bourbons de tous lestrônes de l’Europe ; vainement quelques esprits plus clairvoyants fai-saient-ils ces remarques : elles ne se propageaient pas, paree qu’ellesétaient contraires à la passion qui possédait tous les cœurs.

La crainte, inspirant mieux la reine et le favori, leur ouvrait les