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LIVRE XXIX.

yeux sur leur propre danger. Ils sentaient tous les deux, et la reineavec plus de vivacité que son amant, quel mépris ils devaient inspirerau grand homme qui dominait l’Europe . Ils sentaient à quel point leurlâche incapacité était au-dessous de ses grands desseins, et le voiledont il couvrait ses intentions ajoutait encore à leurs pressentimentsla terreur qui naît de l’obscurité. Bien que Napoléon eut signé letraité de Fontainebleau , que par ce traité il eût reconnu EmmanuelGodoy prince souverain des Algarves, ils n’étaient l’un et l’autre quemédiocrement rassurés. D’abord Junot venait de s’emparer de l’admi-nistration entière du Portugal , sans en excepter les provinces occupéespar les troupes espagnoles. Ensuite Napoléon avait voulu que le traité Jde Fontainebleau continuât à rester secret. Pourquoi ce secret, lorsque |le Portugal se trouvait au pouvoir des troupes alliées, que la maisonde Bragauce était partie, et avait en quelque sorte par sou départ laisséle trône vacant? A ces questions inquiétantes venaient s’ajouter leslettres de l'agent Yzquierdo , qui ne pouvait dissimuler à son patron |les appréhensions dont il commençait à être saisi. Ces appréhensions \ne reposaient, il est vrai, sur aucun fait précis, car Napoléon n’avait |dit à personne sa pensée sur l’Espagne , et n’avait pu la dire, incertain Iencore de ce qu’il ferait. Mais ce penchant fatal à remplacer partout Jlà famille de Bourbon par la sienne, penchant qui dominait son âme Jau point de lui faire oublier toute prudence, quelques esprits doués de |clairvoyance le pressentaient, et Napoléon, sans avoir parlé, était de-viné par plus d’un observateur. Le silence qu’il gardait, tout en se jjlivrant h des préparatifs très-apparents, avait surtout frappé l’agentYzquierdo, l’homme le plus habile à découvrir ce qu’on voulait luicacher, et ce dernier ne cessait d’écrire au prince de la Paix que, bienque Napoléon fût parti pour l’Italie , qu’autour de ses ministres et deses confidents il ne circulât aucun propos, pourtant il y avait dans toutce qu’il voyait un mystère qui le remplissait d’inquiétude.

Aussi le prince de la Paix et la reine étaient-ils singulièrement agi-tés. La reine, souvent indisposée, cachant son trouble sous un calmealfeclé, son âge sous les parures les plus recherchées, laissait néan-moins échapper malgré elle de fréquents éclats de colère. Elle remplissait le palais de scs emportements, demandait le sacrifice de tous ceutqu’elle croyait ses ennemis, exprimait follement la volonté de (aire jtomber la tète du chanoine Escoïquiz et du duc de l’Infantado, et js’indignait contre l’obséquieux ministre de la justice Caballcro, qui, :