Band 
[7. - 8.]
Seite
225
JPEG-Download
 

AIUNJfJhZ.

223

tout tremblant, se bornait à opposer à ses désirs les difficultés nais-sant d’anciennes lois du royaume, inviolées et inviolables. Elle allaitjusqu’à déclarer ce ministre un traître, vendu à Ferdinand. Celui-cide son côté, inécontant de ce même ministre, l’appelait un vil exécu-teur des volontés de sa mère, et se promettait d’en tirer plus tard unevengeance éclatante. Le prince de la Paix croyant, dans son intérêtmême, utile de calmer la reine, la comblait de prévenances, et avaitpassé pour elle d une indifférence insultante à des attentions de tous lesmoments. Bien qu’il allât le soir chez les demoiselles Tudo reposer sonâme des fatigues de l’intrigue et de la crainte, il prodiguait le malin àcette reine exaspérée les soins d’un courtisan fidèle ; et l’on voyait cesdeux amants, qu’à leurs infidélités nombreuses on avait dû croire dégoû-tés l’un de l’autre, ramenés par des terreurs et des haines communes àune intimité qui présentait tous les semblants de l’amour. En public, lareine témoignait au prince de la Paix un redoublement d’affection, et seplaisait à braver par ses témoignages la pudeur des assistants et l’aver-sion de ses ennemis. La cour était déserte. Tout ce qu’il y avait d’hon-nèle l’avait abandonnée. Quand la famille royale paraissait hors desjardins de l’Escurial, le peuple restait silencieux, excepté pour leprince des Asturies, qu’il poursuivait de scs acclamations, au pointque la reine avait fait rendre une ordonnance de police par laquelletoute acclamation était interdite. Elle avait poussé l’extravagance deses volontés jusqu’à ordonner un Te Deum , pour remercier le ciel dela protection miraculeuse qu’il avait accordée au roi, en déjouant lescomplots du prince des Asturies. Entre les membres de la grandesse,tous convoqués, quatre seulement avaient paru, deux Espagnols, deuxétrangers, consternés tous les quatre de leur propre bassesse. Au sor-tir de l’église, la reine avait montré à Emmanuel Godoy une tendresse,une familiarité outrageantes pour les assistants; et l’infortuné Char-les IV lui-même n’apercevant rien de ces infamies, mais sentantconfusément le péril de la situation, avait mis sans le vouloir le combleau scandale, en s’appuyant sur le bras du favori, comme sur un braspuissant duquel il espérait sou salut. Déplorable spectacle, honteuxnon-seulement pour le trône, mais pour l’humanité elle-même, dontla dégradation, manifestée en si haut lieu, devenait plus éclatante!

Chaque soir le prince de la Paix allait, comme nous l’avons dit, chezles demoiselles Tudo épancher les douleurs de son àme, fort souffrantequoique légère. Dans cette maison où les curieux venaient chercher