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LIVRE XXIX.

des nouvelles, ou avait conçu et témoigné une grande joie du traité deFontainebleau, joie bientôt empoisonnée par l’ordre reçu de Paris detenir le traité secret, par l’entrée continuelle des troupes françaises ,par les lettres de l’agent Yzquierdo. Gomme le public se plaisait àrecueillir tout ce qui était défavorable au prince de la Paix, scs affidéstâchaient d’opposer au torrent des mauvaises nouvelles un torrent con-traire, citant avec exagération tous les signes de faveur obtenus de lacour des Tuileries . Ainsi, malgré l’ordre de tenir secret le traité deFontainebleau , on eu avait raconté toutes les particularités chez lesdemoiselles Tudo, et on l’avait fait avec le plus grand détail. On avaitdit que le nord du Portugal était donné à la reine d’Étrurie , le midiau prince de la Paix, constitué prince souverain des Algarvcs, et lemilieu réservé pour eu disposer plus tard. On motivait ainsi la présencedes armées françaises ; et quant à leur nombre, fort supérieur à cequ’une simple occupation du Portugal aurait exigé, on l’expliquait parles grands projets de Napoléon sur Gibraltar . Afin de prévenir lefâcheux effet que devait produire l’entrée des autres corps prochai-nement attendus, on disait que l’armée française serait au moinsde 80,000 hommes, que le prince delà Paix la commanderait en per-sonne, que par conséquent il n’y avait pas à s’en alarmer. Quant auprocès contre les complices du prince des Asturies, qui indignait toutle monde, et que Napoléon, disait-on, ne laisserait pas achever, lesamis du prince de la Paix répondaient que la cour avait des nouvellesde Paris , que Napoléon avait déclaré l’affaire de l’Escurial une affaireétrangère à la France , et qu’il approuvait fort la punition d’intrigantsqui avaient voulu ébranler le trône.

Ni le prince de la Paix, ni les femmes de rang si différent qui s’in-téressaient à son sort, ne croyaient beaucoup à ces nouvelles. Lacrainte les tourmentait, et leur inspirait des précautions de la naturede celles qu’on prend en Orient contre la fortune ou contre la tyrannie.Ainsi on accumulait chez le prince de la Paix l’or et les pierreries. Ondémontrait de superbes parures pour en détacher les diamants, qu’ontransportait chez lui, avec de fortes valeurs en numéraire. Chacunavait pu voir la nuit des mulets chargés sortir de sa demeure, les unsdirigés vers Cadix, les autres vers le Ferrol . Le peuple, suivant sacoutume, exagérait ces faits, et les grossissait démesurément. 11 parlaitde iiOO millions en espèces, amassés chez le prince delà Paix , etpartis ensuite en plusieurs convois pour des destinations inconnues.