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LIVUE XXIX.
métropole pour secouer le joug de celle-ci, et ainsi, outre les Espagues,on se verrait enlever le Mexique, le Pérou, la Colombie , la Plata, lesPhilippines . Au contraire, eu se réfugiant aux colonies, on les main-tiendrait par la présence de la famille régnante, quelles seraient heu-reuses d’avoir à leur tète pour former un empire indépendant ; et siNapoléon, toujours plus odieux à l’Europe , à mesure qu’il devenaitplus puissant, finissait par succomber, on reviendrait sur l’ancien con-tinent, plus assuré de la fidélité des provinces d’Amérique avec les-quelles on aurait resserré ses liens, et ayant dans l’intervalle échappé,par un simple voyage, au bouleversement général de tous les États.Si, au contraire, le tyran de l’ancien monde devait mourir sur sontrône usurpé et y laisser sa dynastie consolidée, on trouverait dans lenouveau monde un empire rajeuni, qui avait de quoi faire oublier toutce qu’on aurait abandonné en Europe .
Ces idées, les seules fortes et sensées qu’eût jamais conçues le favori,car, si on renonçait à disputer l’Espagne par une résistance héroïque,ce qu’il y avait de mieux c’était de conserver à la nation les deux Indes,et à la famille régnante un trône quelque éloigné qu’il fût, ces idéesétaient de nature à bouleverser Charles IV . Se défendre par les armes,il n’y songeait certainement pas. S’en aller de l’Escurial à Cadix ,s’embarquer, traverser les mers, se priver pour jamais des chasses duPardo, l’épouvantait presque autant qu’une bataille. Il aimait mieuxrepousser loin de lui ces sinistres prévisions, et se jeter, disait-il, dansles bras de son magnanime ami Napoléon. Il faut ajouter, à l’hon-neur de ce bon et malheureux prince, que, malgré sa médiocrité, ilsentait pourtant ce que Napoléon avait de grand, qu’il admirait sesexploits, et que, s’il eût été capable de quelques efforts, il les eût faitspour l’aider à battre l’Angleterre, dans l’intérêt des deux pays, qu’ilcomprenait quand il lui arrivait d’y penser. Aussi répondait-il à ceuxqui lui parlaient de retraite lointaine, qu’il fallait chercher à deviner lesintentions de Napoléon, et s’y conformer, car, au fond, elles ne pou-vaient pas être mauvaises ; que le prince des Asturies, après tout,n’avait pas été si mal inspiré en demandant pour épouse une princessede la famille Bonaparte ; que c’était un moyen de resserrer l’alliancedes deux pays, de faire cesser la haine des deux races ; qu’il n’était paspossible que Napoléon, quand il aurait donné à Ferdinand l’une de sesfilles adoptives, voulût la détrôner. Il était un héros trop grand, tropmagnanime, pour commettre un tel manque de parole. C’était peut-