LIVRE XXII.
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sibles, mais furent demandes avec autorité, refusés avec irritation, etles deux frères se séparèrent émus, irrités, point brouillés toutefois,puisque une partie de ce que désirait Napoléon, l’envoi à Paris de lafille de Lucien Bonaparte, se réalisa quelques jours après *. Napoléon
I L’entrevue de Mantoue eut lieu le 13 décembre 1807 ; elle se passa exclusivemententre Napoléon et Lucien ; eux seuls connurent les propositions qui furent faitesdans cette circonstance. Lucien étant revenu à Canino, crut devoir mettre parécrit ce qui s'était dit et fait à Mantouc. Ces papiers existent encore, et se trouvententre les mains de sa famille, qui m’a fait l’honneur de m'en adresser de nom-breux extraits. De son côté, le prince Pierre Napoléon Bonaparte , l'un des fils deLucien , a bien voulu me communiquer tous les renseignements que son père lui adonnés sur l’entrevue de Mantoue , entrevue dont Lucien sc plaisait de parler dansl’intimité de la famille, et les renseignements se trouvent rigoureusement con-formes aux papiers laissés par Lucien.
D’après ces documents, probablement les seuls authentiques qui existent surl’affaire de Mantoue , voici ce qui se passa entre les deux frères.
II y avait longtemps que l’empereur déplorait l'éloignement de Lucien, éloigne-ment qui avait pris sa source d'abord dans la diversité des opinions des deuxfrères, puis dans une question de famille. Plus que tout autre, Napoléon appréciaitles grands services que Lucien pouvait lui rendre: son voyage en Italie lui sug-géra le projet d’une réconciliation et l’espoir de décider Lucien à embrasser sapolitique.
Avant de quitter Paris, Napoléon écrivit à Joseph pour qu’il proposât à Lu-cien de se rencontrer, soit à Gênes, soit à Mantoue. soit à Venise , propositionqui fut faite sans retard par le roi de Naples et accepté par Lucien avec empresse-ment.
Les deux frères arrivèrent à Mantoue presque à la même heure, le 13 décembre.Lucien écrivit sur-le-champ à M. do Menneval pour le prier de prévenir l'iüinpe-reur de son arrivée. Quelques instants après. M. de Menneval vint chercher Lu-cien à son hôtel et le conduisit secrètement au palais. Napoléon attendait sonfrère dans un des appartements le plus écartés; il vint au devant de Lucien enlui tendant la main avec une émotion très-visible : Lucien était non moins ému;il saisit avec empressement la main de Napoléon , la baisa avec respect, puis, lesdeux frères s’embrassèrent entraînés par une mutuelle effusion.
Napoléon aborda franchement la conversation et lit connaître scs projets sans lemoindre détour. Il offrit à son frère la couronne d'Italie ; Lucien, sans dire qu'ilaccepterait dans aucun cas, fit observer à l'Empereur que, roi de ce pays, il en exéc-rait immédiatement l’évacuation pour les troupes françaises et qu'il suivrait lapolitique qui lui semblerait Sa plus profitable à la nation, sans tenir compte detoute autre considération. C’était dire suffisamment qu'il régnerait par lui et nonsous l'influence de Napoléon ; mais cela n’entrait pas dans les vues de l’Empereur.Celui-ci offrit alors à son frère le grand Duché de Toscane; sans donner ni refuserson acceptation, Lucien répondit que duc de Toscane , il marcherait sur les tracesde Léopold, dont le règne paternel fut cher à ses sujets et chez lesquels il a laisséd’honorabits souvenirs. L’offre de la Toscane comme celle de la couronne d'Italie était soumise à une condition formelle, malheureuse, le divorce de Lucien avecmadame Alcxaudrine de Blescliainp. Lucien avait à cette époque trois enfants de