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ARANJUEZ . 235

repartit le lendemain meme pour Milan , où il fut de retour le 13 dé-cembre.

Des dépêches venues d’Espagne et de toutes les parties de l’Empirel'y attendaient, et il avait plus d’une résolution à prendre. Les lettresde ses agents relatives à la Péninsule, les lettres de Charles IV deman-dant une princesse française et la publication du traité de Fontaine-bleau, lui avaient été remises en roule. Résoudre de si graves questionslui était impossible dans la situation d’esprit où il se trouvait. Il nevoulait encore s’engager sur aucun point, car il n’était définitivementfixé sur aucun, bien qu’il inclinât, comme nous l’avons déjà dit, versla résolution de détrôner les Bourbons. En conséquence, il fil écrirepar M. de Cliampagny à Madrid qu’il avait reçu les lettres du roiCharles IV, qu’il en appréciait l'importance, mais qu’absorbé exclusi-vement par les affaires de l’Italie , où il n’avait que quelques jours àpasser, il ue pouvait s’occuper de celles d’Espagne avec l’attentiondont elles étaient dignes, et que, de retour à Paris , il ferait aux lettresdu roi les réponses que ces lettres méritaient. Il insista de nouveaupour que le traité de Fontainebleau restât secret quelque temps en-core ; et quant à M. de Bcauharnais, ne tenant aucun compte de scsavis et de ses jugements, il lui adressa des réponses insignifiantes, maisformelles en un point : c’était la défense d’afficher aucune préférencepour les partis qui divisaient la cour d’Espagne , et de laisser entrevoirde quel côté penchait le cabinet français .

Il n’était pas vrai cependant que, tout entier aux affaires d’Italie ,Napoléon ne songeât pas à celles d’Espagne . Il avait, au contraire,

sa seconde femmes, dont le dernier était à peine âgé de cinq mois. En homme decœur, il répondit à cette demande avec indignation, quoique avec beaucoup decalme et de dignité, et refusa d'abandonner lâchement la femme qu'il avait libre-ment choisie. Napoléon, peu habitué à trouver tant de fermeté dans les personnesqui l’entouraient, s’emporta violemment : dans son exaltation, il brisa une montre,en disant à son fi ère qu’il saurait briser de même les volontés qui s’opposeraient àla sienne. Entraîné par la colère, il alla jusqu’à menacer Lucien de le faire arrê-ter. Lucien répondit à cette menace avec la même dignité : « Je vous délie de com-mettre un crime, dit-il. » Quelques instants après, les deux frères se séparèrent,sans avoir rien obtenu ni l’un ni l’autre, l’Empereur pour se rendre à Mantoue ,Lucien pour retourner à Rome .

Quant à l’envoi à Paris de la fille ainéc de Lucien, alors âgée de douze ans, ilne fut ni demandé ni consenti à Mantoue . C’était un fait accompli à cette époque,puisque la jeune fille se trouvait déjà à Paris, auprès de Madame Mère qui l’avaitfait venir de Rome . (F. W.)