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LIVRE XXIX.

excepté lui, qui pouvait jamais avoir des bataillons d'un même régi-ment à envoyer en Pologne, en Italie, en Espagne ? Cette conceptionlui tenait tellement à cœur qu’il ne cessa depuis d’y songer pendant sonrègne, et même dans l’exil. Toutefois, sur les objections de MM. Lacuée et Clarke, il se réduisit à un projet moyen, qui, sans dénaturer lerégiment, en augmentait la composition, de manière à diminuer lenombre total des corps. Il décida par un décret, qui ne fut définitive-ment signé que le 18 février, que tous les régiments d’infanterieseraient formés à cinq bataillons, dont quatre de guerre, un de dépôt;chaque bataillon à six compagnies, une de grenadiers, une de volti-geurs, quatre de fusiliers. Le bataillon de depot était fixé à quatrecompagnies seulement, les compagnies d’élite ne devant se formerqu’en guerre. D’aprèscc décret, chaque compagnie était de 140 hommes,le régiment total de 5,970 hommes, dont 108 officiers et 5,862 sous-officicrs et soldats. Le colonel et quatre chefs de bataillon comman-daient les bataillons de guerre, et le major restait au dépôt. Dans celteformation, qui excédait déjà les proportions naturelles du régiment,et qui était amenée par la situation de Napoléon et de la France , unmême régiment, ayant son dépôt sur le Ithin, pouvait, par exemple,avoir deux bataillons de guerre à la grande armée, un sur les côtes deNormandie, un eu Espagne. Un régiment, ayant son dépôt en Piémont ,pouvait avoir deux de ses bataillons de guerre en Dalinatie, un euLombardie , un en Catalogue. De la sorte chaque corps prenait part àtous les genres de guerre à la fois ; et quand les hostilités cessaient aunord, on avait soin de laisser reposer tout ce qui venait de servir enPologne, et de diriger vers l’Espagne tout ce qui n’avait pas fait lesdernières campagnes, ou tout ce qui avait la force et le désir d’en faireplusieurs de suite. Mais cette composition des régiments, qui offraitpeut-être quelques avantages pour Napoléon et pour l’Empire tel qu’ilétait devenu, est une preuve singulière de l’influence qu’une politiqueextrême exerçait déjà sur l’organisation militaire. Tandis que l’exten-sion de ses entreprises allait affaiblir les armées de Napoléon en lesdispersant, elle allait affaiblir aussi le régiment lui-même en l’étendantoutre mesure, en diminuant l’énergie de l’esprit de famille chez desfrères d’armes trop éloignés les uns des autres. Un corps militaire estun tout qui a ses proportions naturelles, son architecture, si on peutainsi parler, qu’on s’expose à dénaturer en voulant trop l’étendre.

Du reste, plusieurs dispositions de ce décret révélaient les nobles