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LIVRE XXiX.

de Russie, était arrivé à Paris . Celui ci était, comme nous l’avons dit,militaire, frère du grand maréchal du palais, imbu des opinions del’aristocratie russe à l’égard de la France , mais membre d'une famillequi jouissait delà faveur impériale, qui mettait cette faveur au-dessusde scs préjugés, et qui voyait dans la conquête de la Finlande et desprovinces du Danube une excuse suffisante pour lesdéfectionnaires quipasseraient de la politique anglaise à la politique française. « Moufrère s’est dévoué, avait dit le g'and maréchal Tolstoy à M. de Cau-laincourt; il a accepté l’ambassade de Paris ; mais s’il n’obtient pasquelque chose de grand pour la Russie , il est perdu, et nous le sommestous avec lui '. » Ces paroles prouvent dans quel esprit venait enFrance le nouvel ambassadeur. Alexandre lui avait raconté ce qui s’é-tait passé à Tilsit comme il aimait à se le rappeler et à le comprendre,et, après celte communication fort altérée des entretiens de Napoléon,M. de Tolstoy avait cru que tout était dit, que le sacrifice de l’empired’Orient était fait, qu’il n’arrivait à Paris que pour signer le partagede la Turquie, et l’acquisition sinon de Constantinople et des Darda-nelles, au moins des plaines du Danube jusqu’aux Ralkans. De plus,il s’était arrêté en route auprès des malheureux souverains de la Prusse,dépouillés d’une partie de leurs Etats, et privés de presque tous leursrevenus, par l’occupation prolongée des provinces qui leur restaient.M. de Tolstoy, pensant que si la conquête des provinces d’Orient inté-ressait la gloire de la Russie , l’évacuation des provinces prussiennesintéressait son honneur, venait à Paris avec la double préoccupationd’obtenir une partie de l’empire turc, et de faire évacuer la Prusse .Ajoutez à tout cela qu’il était susceptible, irritable, soupçonneux, etfort enorgueilli de la gloire des armées russes.

Napoléon s’était promis de le bien recevoir, et de lui faire aimer leséjour de Paris , pour qu’il contribuât par ses rapports au maintiende l’alliance. Mais il le trouva tellement vif, tellement intraitable surla double affaire de l’évacuation de la Prusse et de l’acquisition desprovinces du Danube , qu’il en fut importuné. Il se sentait si fort,et il était lui-même si peu patient, qu’il ne pouvait pas supporterlongtemps l’insistance de M. de Tolstoy. Napoléon , ne dissimulantqu’à moitié l’ennui qu’il ressentait, dit au nouvel ambassadeur que si,après avoir évacué toute la vieille Prusse et une partie de la Poméra

1 Ces paroles sont textuellement extraites de la correspondance secrète, si sou-vent citée par nous.