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LIVRE XXIX.
turc, sans toutefois rien stipuler de positif. Mais si, d’une part, dans l’en-tra inement de ces communications, il avait peut-être plus dit qu’il ne vou-lait accorder, l’empereur Alexandre avait entendu plus qu’on ne lui avaitdit, et, revenu à Pétersbourg au milieu d’une société mécontente, il avaitfait, pour la ramener, beaucoup de confidences indiscrètes et exagérées.Peu à peu l’opinion s’élait répandue dans les salons de Saint-Péters-bourg que la Russie , quoique vaincue à Friedland, avait rapporté deTilsit le don de la Finlande, de la Moldavie et de la Valachie . Ceuxqui étaient bien disposés pour l’empereur Alexandre, ou qui du moinsn’avaient pas le parti pris de blâmer la nouvelle marche du gou-vernement, estimaient que c’était là un fort beau prix de plusieurscampagnes malheureuses; que si la Russie devait de si vastes conquê-tes à l’amitié de la France , elle faisait bien de cultiver et de conservercette amitié. Ceux, au contraire, qui avaient encore dans le cœur tousles sentiments excités par la dernière guerre, ou qui en voulaient àl’Empereur de sou inconstance, tels que MM. de Czarloryski, Novvo-sillzoff, Strogonoff, Kolschoubey, représentants de la politique aban-donnée, ceux-là disaient que la conquête de la Finlande , vers laquelleon poussait la Russie , n’avait aucune valeur; que c’était un pays delacs et de marécages, entièrement dépourvu d’habitants ; que de pluscelte conquête était immorale, puisqu’elle était obtenue sur un parentet un allié, le roi de Suède; que du reste ce serait la seule que Napo-léon laisserait faire à l'empereur Alexandre, que jamais il ue lui livre-rait la Moldavie et la Valachie , ce dont on ne tarderait pas à se con-vaincre ; que l’alliance franchise était donc à la fois une défection, uneinconséquence et une duperie.
Ces propos répétés à l’empereur Alexandre le piquaient au vif, et,en voyant par les rapports de M. de Tolstoy qu’ils pourraient bien unjour se vérifier, il en exprima un chagrin extrême à M. de Caulain-court. Il le reçut avec de grands égards, lui témoigna une estime dontil voyait que cet ambassadeur était avide, et puis, venant à ce quiconcernait les intérêts russes, il se répandit en plaintes amères. Iln’avait jamais entendu, disait-il, lier le sort de la Silésie à celui de laMoldavie et de la Valachie . Il avait stipulé et obtenu de l’amitié de l’em-pereur Napoléon la restitution d’une partie des États prussiens, resti-tution nécessaire, indispensable à l’honneur de la Russie . Il se seraitcontenté de cette restitution, et se serait retiré au fond de sonempire, satisfait d’avoir épargné à ses malheureux alliés quelques-