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LIVRE XXIX.

paix, niais avec l'indifférence et la froideur que justifient les dislances. »Tel avait été et lel était tous les jours le langage de l’empereurAlexandre à M. de Caulaincourl. 11 «'ajoutait pas que, si on lui avaitlaissé espérer les provinces du Danube , c’était sans les lui promettre,et que si d’une simple espérance la nation russe, trompée par desbruits de cour, avait fait un engagement formel, le tort en était à lui,à son indiscrétion, à sa faiblesse même, puisqu’il n’avait su dominerson entourage qu’en promettant ce qu’il ne pouvait pas tenir. Alexandre n’ajoutait, pas cela, mais il est évident que , si on ne venait pas hson secours, en accordant ce qu’il avait imprudemment laissé espérerà la nation, il serait cruellement blessé, son ministre Romanzoff aussi,et que, si le brusque changement de politique opéré à Tilsit ôtait troprécent pour qu’on osât s’en permettre un autre tout aussi brusque, onn’en garderait pas moins au fond du cœur une blessure profonde, tou-jours saigna nie, et que bientôt denouvellesguei res pourraient s’ensuivre.

M. de Caulaincourt, en affirmant avec son honnêteté imposantela bonne foi de Napoléon, en assurant que tout s’éclaircirait, en reje-tant sur un malentendu, sur la susceptibilité ombrageuse de M. deTolstoy, les fâcheux rapports arrivés de Paris , parvint à remettre unpeu de calme dans l’àme de l’empereur Alexandre. Celui-ci finit pars’en prendre à M. de Tolstoy lui-même, à sa maladresse, à ses mau-vaises dispositions, et déclara devant M. de Caulaincourt qu’il nemanquerait pas, s'il trouvait encore M. de Tolstoy, comme jadisM. de Markotf, occupé à brouiller les deux cours, de faire un exempleéclatant de ceux qui prenaient à lâche de le contrarier, au lieu des’appliquer à le servir. L’empereur Alexandre avait paru fort sensibleaux magnifiques cadeaux de porcelaine de Sèvres envoyés à Saint-Pétersbourg , à la cession de cinquante mille fusils, à la réception descadets russes dans la marine française. Mais rien ne louchait ce cœur,plein d’une seule passion, que l’objet de sa passion même. Les pro-vinces du Danube ou rien, voilà ce qui était sur son visage commedans son âme, vivement éprise d’ambition et de renommée.

Du reste M. de Caulaincourt, pour savoir au juste si la nation par-tageait les sentiments de son souverain, envoya à Moscou l’un desemployés de l’ambassade, afin de receuillir ce qu’on y disait. Cet em-ployé, transporté au milieu des cercles de la vieille aristocratie russe,où le langage était plus naïf et plus vrai qu a Saint-Pétersbourg , en-tendit répéter que le jeune czar avait bien vite passé de la haine à