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LIVRE XXIX.

Dans celte chimérique distribution du monde, destinée peut-être àdevenir un jour une réalité, moins ce qui alors était réservé à la France ,il y avait un point cependant sur lequel on ne pouvait se mettre d’ac-cord, et sur lequel on disputait comme si tous ces projets avaient dûrecevoir une exécution prochaine. Constantinople intéressait à la foisl’orgueil et l’ambition des Russes , et chez les nations l’un n’est pasmoins ardent que l’autre. Les Russes voulaient la ville même de Constan-tinople comme symbole de l’empire d’Orient; ils voulaient le Bosphore et les Dardanelles comme clefs des mers. M. de Caulaincourt, par-tageant les sentiments de Napoléon qui bondissait d’orgueil et d’effroiquand on lui demandait de céder Constantinople aux dominateurs duNord, refusait péremptoirement, et proposait de faire de Constanti-nople et des deux détroits une sorte d’État neutre, une espèce de villehanséatique, telle que Hambourg ou Brème. Puis enfin quand le mi-nistre russe, insistant, demandait surtout la ville de Constantinople comme s’il n’eùt tenu qu’à Sainte-Sophie , M. de Caulaincourt cédait,sauf la volonté de son maître, mais exigeait les Dardanelles pour laFrance, à litre de route de terre pour aller en Syrie et en Égypte , cequi eût fait parcourir aux bataillons français le chemin des ancienscroisés. Les Russes, ayant Sainte-Sophie , ne voulaient pas abandonneraux Français le détroit des Dardanelles , qu’ils étaient importunés devoir en la possession des Turcs , si faibles qu’ils fussent. Ils refusaientmême Constantinople à ce prix, et déclaraient, ce qui était vrai, qu’ilspréféraient le premier partage partiel, celui qui laissait aux Turcs lesud des Balkans et Constantinople . Satisfaits, dans ce cas, d'avoir lesvastes plaines du Danube jusqu’aux Balkans , ils consentaient à ajournerle reste de leur conquête, et aimaient mieux voir les clefs de la merNoire dans les mains des Turcs que de les mettre dans celles desFrançais .

On avait beau discuter sur ce grave sujet, on ne pouvait pas s’en-tendre, et la querelle interminable qui s’élevait, audacieuse et folleanticipation sur les siècles, révélait l’intérêt vrai de l’Europe contre laRussie dans la question de Constantinople. L’Empire français , devenuen ce moment grand comme l’Europe elle-même, en ressentait tousles intérêts, et ne voulait pas livrer le détroit d’où les Russes mena-ceront un jour l’indépendance du continent européen . C’était bienassez, en leur livrant la Finlande , de leur avoir procuré le moyen defaire un pas vers le Sund, autre détroit d’où ils ne seront pas moins