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LIVRE XXIX.
bien commandes, et pleins de l’esprit militaire qui à cette époque ani-mait nos armées.
Il fallait donner un chef à ces forces. Napoléon en choisit un fort indis-cret pour une mission politique aussi importante, mais il le plaça dansune situation à lui rendre toute indiscrétion impossible. Ce chef étaitMurat, toujours mécontent de n’ètrc que grand-duc, impatient de deve-nir roi n’importe où, ayant pris part aux guerres d Italie, d’Autriche ,de Prusse, de Pologne, et contribué à élever des trônes à Naples , àFlorence, à Milan, à la Haye, à Casscl, à Varsovie , sans gagner l’unde ces trônes pour lui ; inconsolable surtout de n’avoir pas obtenucelui de Pologne , et avide de toute guerre qui lui offrirait de nou-velles chances de régner. La Péninsule, où vaquait en ce moment letrône de Portugal, où chancelait celui d’Espagne , était pour lui lepaysdes rêves, comme autrefois le Mexique ou le Pérou pour les aventu-riers espagnols . Tout bon et généreux qu’était Murat, s’il fallait hâterla chute du malheureux Charles IV par quelque moyeu détournéet peu avouable, il était, dans son ardeur de régner, homme às'y prêter. 11 n’y avait même à craindre de sa part que trop de zèle.Cependant, plus intelligent , plus spirituel qu’on ne l’a jugé en général(les circonstances qui vont suivre en fourniront la preuve), il était ca-pable, dans un grand intérêt d’ambition, d’être même discret et ré-servé. Il avait à toutes tins, comme on a vu plus haut, noué des rela-tions particulières avec Emmanuel Godoy, relations recherchées parcelui-ci avec un égal empressement, l’un croyant que l’autre l'aideraità atteindre l’objet de ses désirs, et s’abusant lous deux, car Godoyn’était pas plus en état de donner un roi aux Espagnols que Murat unepensée à Napoléon. C’était donc convier Murat à une fête que de l’en-voyer en Espagne . Mais Napoléon voulant effrayer la maison régnantepar l’envoi de troupes nombreuses, combiné avec un silence absolu surses intentions, se servit de son beau-frère conformément au plan qu’ilavait adopté. 11 l’avait eu à ses côtés soit en Italie, soit à Paris , sanslui dire un seul mot de ses projets sur l’Espagne , dans le momentmême où il y pensait le plus. Le 20 février, l’ayant vu dans la jour-née, sans lui adresser une parole relative à la mission qu’il lui desti-nait, il chargea le ministre de la guerre de le faire partir dans la nuitpour Bayonne , afin d’y prendre le commandement des troupes entranten Espagne . Murat devait y être le 2G, et y trouver scs instructions.Ces instructions étaient les suivantes : Prendre le commandement