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LIVRE XXIX.

de terreur la malheureuse cour d’Espagne. M. Yzquierdo était à Paris ,toujours errant autour des Tuileries , tantôt auprès du grand maréchalDuroc, avec lequel il avait négocié le traité de Fonlainebleau, tantôtauprès de M. de Talleyrand , principal entremetteur de toute l’affaireespagnole. Voyant qu’il lui était impossible d’obtenir la publicationdu traité de Fontainebleau , il en avait conclu qu’on voulait à Paris autre chose, que ce partage du Portugal n’avait été qu’un arrange-ment provisoire pour obtenir la cession immédiate de la Toscane , etqu'on méditait sans doute le renversement de la dynastie elle-même.Avec sa perspicacité ordinaire, il avait complètement entrevu nonpas les moyens, mais le but auquel tendait Napoléon. Il avait essayé,en circonvenant M. de Talleyrand , de découvrir si de larges conces-sions de territoire, ou de commerce, ne pourraient pas, accompagnéesd’un mariage, apaiser la colère réelle ou feinte du conquérant.

M. de Talleyrand , qui inclinait vers un projet intermédiaire, avaitécouté M. Yzquierdo, et peut-être autant proposé qu’accueilli les idéesdont cet agent d’Emmanuel Godoy voulait faire l’essai. Ces idées reve-naient précisément au second plan que nous avons déjà fait connaître.Il s’agissait en effet de marier Ferdinand avec une princesse française,de prendre pour la France les provinces de l’Ebre , en échange de lapartie du Portugal restée disponible, d’ouvrir aux Français les coloniesespagnoles, de lier les deux couronnes non-seulement par un mariage,mais par un traité d’alliance offensive et défensive , qui leur rendraittoute guerre, toute paix communes, et de donner enfin à Charles IV le titre d’empereur des Amériques . Telles étaient les idées queM. Yzquierdo mettait en avant, autant pour sonder la cour des Tuileries que pour arriver à une conclusion. Tout à coup Napoléon ordonna dele traiter avec la plus extrême dureté, de le renvoyer comme si on étaitfatigué de ses tergiversations, comme si on ne voulait plus rien avoirde commun avec une cour aussi faible, aussi incapable, aussi peu sin-cère; en un mot de le pousser à partir pour Madrid , afin qu’il y por-tât la terreur dont on l’aurait rempli. Le grand maréchal Duroc eutl’ordre d’écrire à M. Yzquierdo qu’il ferait bien de retourner immé-diatementà Madrid 1 , afin de dissiper les épais nuages qui s’étaient éle-vés entre les deux cours. On ne disait pas quels nuages, mais M. Yz-quierdo savait à quoi s’en tenir, et il suffisait de le faire partir pour

1 La lettre est au Louvre et porte la date du 2 i février.