LIVRE XXIX.
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beaucoup, n'hésiterait plus à s’enfuir vers Cadix . Si toutefois, malgréles recommandations failes aux troupes françaises de ménager le peupleespagnol , une collision imprévue survenait, il y avait là encore unesolution. On pourrait se considérer comme trahi par des alliés chezlesquels on était venu amicalement pour une grande expédition inté-ressant l’alliance, et on se vengerait en déposant les Bourbons d’Espague,de même qu’on avait déposé ceux de Naples , pour une trahison vraieou supposée. Napoléon, agissant ainsi en conquérant qui s’inquiète peudes moyens pourvu qu’il atteigne son but, comptant sur de grands ré-sultats, tels que la régénération de l’Espagne , le rétablissement des al-liances naturelles de la France , pour s’excuser aux yeux de la prosléritéde la sombre machination qu’il se permettait envers une cour amie,Napoléon croyait enlin avoir trouvé la véritable manière de renverserles Bourbons sans y employer les atroces violences que, dans des siè-cles moins humains que le nôtre, les conquérants n’ont jamais hésité àcommettre. Il pensait qu’en imprimant une légère secousse au trôned Espagne sans en précipiter violemment Charles IV , on amènerait cefaible prince, sa criminelle épouse, son lâche favori, à l’abandonnerafin d’aller en chercher un autre en Amérique . Mais ce plan, imaginépour ne pas trop révolter l’Europe et la France , donnait lieu à uneobjection qui avait longtemps fait hésiter Napoléon à l’adopter. Enpoussant la maison régnante à s’enfuir, comme celle de Portugal , dansle nouveau monde, on amenait inévitablement pour l’Espagne la perlede ses colonies, ainsi que cela était arrivé pour le Portugal . LesBragance au Brésil, les Bourbons au Mexique, au Pérou , sur les bordsde la Plata, allaient fonder des empires, ennemis de leurs métropolesusurpées, amis des Anglais , qui pour longtemps trouveraient dansl’approvisionnement de ces colonies de quoi se dédommager de la clô-ture du continent. Sans doute, en perçant dans un avenir éloigné, onpouvait voir dans ces colonies affranchies des nations nouvelles, offranta leurs anciennes métropoles plus de moyens d’échanges, plus d’occa-sions de gain, ainsi que cela se passait déjà entre l’Angleterre et lesEtats-Unis. Mais l’Espague, le Portugal n’étaient pas l’industrieuseAngleterre, les Américains du Sud n’étaient pas les Américains duNord ; et tout ce qu’on pouvait prévoir pour de longues années, c’étaitla perte des colonies espagnoles, et leur exploitation au profit du com-merce britannique. Il y avait donc à la fuite de Charles IV en Amé-rique , avec une grande commodité quant à l’usurpation du trône, de