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LITRE XXII.

royale, demanda ses souverains, qui parurent aux fenêtres du palais, etles applaudit de toutes ses forces, en criant : Vive le roi ! Meure leprince de lu Paix ! Meure le favori qui déshonore et trahit sonmaître ! La journée du 16 s’acheva ainsi au milieu d’une sorte de sa-tisfaction, qui malheureusement devait être passagère.

Le jour suivant, 17 mars, malgré les promesses royales, le voyagesemblait toujours résolu. Les voilures restaient chargées dans les coursdu palais. Les chevaux attendaient aux relais. Les Iroupes formant lagarnison de Madrid , et composées des gardes wallonnes et espagnoles,de la compagie des gardes du corps qui n’était pas de service, s’étaientmises eu roule pour Aranjuez . Une partie du peuple de la capitale,une foule de curieux les avaient suivies, et avaient fait avec elles letrajet qui est de sept à huit lieues. Chemin faisant , ce peuple poussaitdes cris contre la reine, contre le priuce de la Paix, et demandait auxofficiers et soldats s’ils laisseraient enlever leurs souverains par unindigne usurpateur, qui voulait les emmener avec lui pour les tyran-niser plus sûrement. Les troupes, ainsi accompagnées, arrivèrent versla fin du jour à Aranjuez , et furent logées chez l’habitant, ce quin’était pas un moyen de les ramener à la subordination militaire. Unedernière circonstance avait achevé de convaincre la foule que les pro-messes royales n’étaient qu’un leurre : c’est que les demoiselles Tudoétaient arrivées elles-mêmes à Aranjuez , et allaient, disait on, partirle soir même pour l’Adalousie. L’affluence autour du palais du roi etde celui du prince de la Paix, situé de l’autre côté de la grande avenue,était plus considérable que les jours précédents; car aux habitantseffarés d’Aranjuez , aux paysans de la Manche, s’étaient joints des sol-dats sans armes qui une fois arrivés à leur logement étaient venus semêler à la foule, et des curieux sortis en grand nombre de Madrid . Lesgardes du corps, ceux du moins qui n’étaient pas de service, visible-ment excités par les amis du prince des Asturies, s’étaient répanduspar bandes, faisant des patrouilles volontaires, tantôt vers les écuriesdu roi, tantôt vers la résidence du prince de la Paix.

Aux approches de minuit, un incident singulier, survenu devant lepalais du prince de la Paix, devint l’étincelle qui détermina l’explo-sion. Une dame sortie de ce palais sous le bras d’un officier, escortéepar quelques hussards dont le prince faisait sa garde habituelle , futaperçue par une bande de gardes du corps et de curieux. Ils recon-nurent ou crurent reconnaître mademoiselle Josépha Tudo, qui,sui-