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vaut eux, allait monter en voiture. On se pressa autour d’elle. Leshussards du prince ayant voulu s’ouvrir un passage, un coup de fusilfut tiré on ne sait par qui. Il s’éleva à l’instant meme un tumulteeffroyable. Les gardes du corps coururent à leurs quartiers, sellèrentleurs chevaux, et se ruèrent à coups de sabre sur les hussards duprince qu’ils rencontrèrent. Les gardes wallonnes et espagnoles prirentaussi les armes, plutôt pour se joindre à la multitude que pour fairerespecter l’autorité royale. Le peuple, ne se contenant plus, s’assem-bla sous les fenêtres du palais , appela le roi à grands cris, voulut levoir pour lui faire entendre l’expression de ses voeux, en poussant avecfureur les cris de Vive le roi ! meure le prince de la Paix! Aprèsl’avoir effrayé eu le saluant de pareilles acclamations , il se porta del’autre côté d’Aranjucz, vers la demeure du prince de la Paix , qu’ilenveloppa de toutes parts. En forcer les portes pour s’y précipiterparut d’abord à ce peuple , qui débutait dans la carrière des révolu-tions, un attentait au-dessus de son audace. Il s’arrêta un instant, hé-sitant, mais plein d’impatience, et dévorant sa proie des yeux avantde la saisir. Tout à coup un individu, messager, dit-on, du château,se présente à la porte du prince pour se la faire ouvrir. On la lui re-fuse. Il insiste. Les gardiens de la maison, croyant qu’on les attaque,songent à se défendre. Un coup de fusil part au milieu de cette agita-tion. Alors l’hésitation cesse. La foule furieuse se rue sur les portes,les enfonce, pénètre dans la demeure somptueuse du favori, la ravage,jette par les fenêtres tableaux, tentures, meubles magnifiques, détruitet ne pille pas, plus furieuse qu’avide, comme il arrive dans les mou-vements de toute multitude, passionnée mais non avilie. On courtd’appartement en appartement, on cherche l’objet de la haine pu-blique, on ne trouve que l’épouse infortunée du prince de la Paix. Lapopulace en Espagne , même la plus infime , avait fini par connaîtretoute la vie d’Emmanuel Godoy. Elle savait combien il avait de femmes,quelle il aimait, quelle il n’aimait pas. Elle savait les malheurs decette auguste princesse de Bourbon, tristement unie à un soldat auxgardes, pour donner à ce soldat le lustre royal qui lui manquait. Lafoule, en l’apercevant, tombe à ses pieds, la conduit avec respect horsde cette maison envahie , la place dans une voiture, et la traîne entriomphe jusqu’au palais du souverain , en s’écriant : « Voilà l’inno-cente. » Après l’avoir ainsi replacée dans la demeure des rois, d’oùelle n’aurait jamais dû sortir, la foule, qui croyait n’en avoir nas fini