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LIVRE XXIX.

avec le palais du prince de la Paix, y revii nt, le cherche lui-mème dansles moindres recoins de sa demeure, et, ne le rencontrant pas, sevenge par une affreuse dévastation. Toute la nuit se passe en re-cherches, en ravages, et le jour venu, le favori n’étant pas découvert,on suppose qu’il a trouvé ailleurs un asile.

On devine quels devaient être en ce moment l’effroi de Charles IV et le désespoir delà reine. Le souvenir de la révolution française lesavait toujours remplis de terreur. Cette révolution qu'ils avaient tantredoutée, ils la voyaient enfin chez eux poussant les mêmes cris, com-mettant les mômes actes, quoique excitée par d’autres sentiments. Ilsétaient désolés, éperdus, résignés à tout ce qu’on voudrait d’eux. Cettereine, justement odieuse, éprouvait cependant un sentiment vrai, quisans la rendre intéressante pouvait du moins excuser jusqu’à un certainpoint sa honteuse vie. Elle ne songeait, dans sa terreur, nia sa familleni à elle-même, mais au dominateur de sou âme, au méprisable Godoy.Elle demandait à tout le monde ce qu’il était devenu, et envoyaitpartout de fidèles domestiques pour qu’ils lui en rapportassent desnouvelles. « Où est Emmanuel? s’écriait-elle, où est-il?... » Et ellene cachait pas les larmes que lui arrachait un souci pareil. Le roi lui-mcme, quand il cessait d’avoir peur, demandait aussi ce qu’on avaitfait du pauvre Emmanuel, qui lui était, disait-il, si attaché. Quant auprince des Asturies, voyant son ennemi abattu, la couronne près detomber de la rèle de son père sur la sienne , et ignorant qu’elle tom-berait bientôt à terre, pour être ramassée à la pointe du sabre, il mon-trait une lâche et perfide joie, que sa mère apercevait, et qui lui atti-rait de sa part les plus violents reproches.

Les ministres et quelques seigneurs dévoués étant accourus, on con-seilla tumultueusement au roi de retirer tous ses grades et emplois auprince de la Paix, comme unique moyen de rétablir le calme, et desauver la vie du prince iui-mèine. Le roi parce qu’il était prêt à tout,la reine parce quelle tenait plus à sauver la vie que le pouvoir de sonamant,y consentirent à l’instant même, et un décret parut dès le matindu 18 mars, annonçant que le roi retirait à don Emmanuel Godoy scscharges de grand amiral et de généralissime, et l’autorisait à se rendredans le lieu qu’il lui plairait de choisir pour sa retraite.

Ainsi finit ce déplorable favori, dont l’étrange destinée était, au mi-lieu de notre temps, un dernier vestige des vices des anciennes cours,en contraste avec les mœurs du siècle ; car, même dans les cours ab-