552
uvüe xxx.
dinand, qui ne voulait pas déshonorer son nouveau règne par d’odieuxexcès, mirent fin à ces abominables ravages. D’ailleurs Madrid étaittout entier à la joie de voir finir un règne détesté, et commencer unrègne ardemment désiré. C’est à peine si dans les âmes satisfaites ilrestait quelque place à l’inquiétude en apprenant que les Français s’approchaient de la capitale. Après avoir espéré qu’ils renverseraientle favori, le peuple espagnol se flattait maintenant de l’idée qu’ilsallaient reconnaître Ferdinand VU; et en tout cas, ce peuple, enor-gueilli de ce qu’il venait de faire, tout fier d’avoir à lui seul vaincu leredoutable favori, avait pris en lui-mème une immense confiance, etsemblait ne plus craindre personne. Au surplus, dans sa naïve joie, ilne croyait que ce qui lui plaisait, et les Français n’étaient à ses yeuxque des auxiliaires, venus pour inaugurer le règne de Ferdinand VII .Avec une pareille disposition des esprits, nos troupes étaient assuréesd’ètre bien reçues.
Elles avaient déjà eu grande partie passé le Guadnrrama. Les deuxpremières divisions du corps du maréchal Moucey étaient le 20 entreCavanillas et Buitrago, la troisième à Somo-Sierra. La première divi-sion du général Dupont était le même jour à Guadarrama , prèle à des-cendre sur l’Escurial ; la seconde du même corps à Scgovie, la troisièmeà Villadolid. Mural pouvait donc entrer en vingt-quatre heures dansMadrid , avec deux divisions du maréchal Moncey, une du généralDupont, toute sa cavalerie et la garde, c’est-à-dire avec trente millehommes. Or, il ne restait dans cette capitale que deux régiments suissesdéconcertés, et un peuple sans armes. Murat n’avait par conséquentaucune résistance à redouter.
Les désordres de la capitale l’avaient profondément affligé, et ilcraignait qu’en Europe on n’accusàt les Français d’avoir voulu boule-verser l’Espagne , afin de s’en emparer plus facilement. Il ne savait pasnon plus si cette solution imprévue était bien celle que Napoléon dé-sirait, et celle surtout qui pourrait amener plus sûrement la vacancedu trône d’Espagne . L’humanité, l’obéissance, l’ambition produisaientainsi dans son âme un pénible conflit. Dans cet état, il écrivit à Napo-léon pour lui faire part dece qu’il venait d’apprendre, pour se plaindrede nouveau de n’avoir pas son secret, pour lui exprimer la peine quelui causaient des événements de Madrid , et lui annoncer qu’il allaitentrer immédiatement dans cette capitale, afin de réprimer à tout prixles excès d’une populace barbare. Eu même temps il ébranla ses co-