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lonnes, et marcha en avant pour porter à San-Agostino les troupes dumaréchal Moncey, et à l’Escurial celles du général Dupont.
Le lendemain 21, étant en personne à El-Molar, il reçut un courrierdéguisé qui lui portait une lettre de la reine d'Etrurie . Cette prin-cesse, qu’il avait connue en Italie , et avec laquelle il était lié d’amitié,faisait appel à sou cœur, au nom d’une famille auguste et profondé-ment malheureuse. Elle lui disait que ses vieux parents étaient me'nacés du plus grand danger, et que pour s’en garantir ils avaientrecours à sa généreuse protection. Elle le suppliait de venir lui-mêmeet secrètement à Aranjuez , pour être témoin de leur situation déplo-rable, et convenir des moyens de les en tirer.
Cette jeune femme éperdue, peu versée dans la connaissance desaffaires, bien qu’elle eût plus d’esprit que son mari défunt, imaginaitqu’un général en chef, représentant Napoléon, conduisant une arméefrançaise à la porte de l’une des grandes capitales de l’Europe , pourraitse dérober nuitamment pour un jour ou deux à son quartier général,comme il l’avait fait peut-être à Florence , en pleine paix, plus occupéalors de plaisirs que de guerre ou de négociations. Murat lui réponditavec beaucoup de courtoisie qu’il était très-sensible aux malheurs de lafamille royale d’Espagne , mais qu’il lui était impossible de quitter sonquartier-général, où le retenaient des devoirs impérieux , et qu’il luienvoyait à sa place l’un de ses officiers, M. de Monthyon, homme sûr,auquel elle pourrait dire tout ce qu’elle lui aurait confié à lui-même 1 .
M. de Monthyon partit d’El-Mular le 21, arriva le 22 à Aranjuez ,et trouva la famille des vieux souverains désolée. Dans un accès d’ef-froi, Charles IV et son épouse avaient été amenés à se dépouiller del’autorité suprême. La reine, principal auteur des déterminations decette cour, avait été conduite à cette abdication par le désir de sauverla vie du prince de la Paix, et de se soustraire elle-même et son épouxà des périls quelle s’était exagérés. Mais, le premier moment passé, lesilence et l'abandon succédant au tumulte populaire, de nouveaux dan-gers menaçant le prince de la Paix, dont le procès avait été ordonné
1 Je ne suppose rien ici. J'écris d’après les pièces originales déposées au Louvre,dont quelques-unes furent publiées dans le Moniteur, mais en très-petite partie, etaprès de notables altérations. Lacorrespondar.ee de Murat avec Napoléon, la plusimportante, la plus instructive de toutes celles qui sont relatives auxafflires d’Es-pagne . n’a jamais été publiée. Quelques fragments de celle deM. de Monthyon ontété insérés au Moniteur, mais fort altérés. C’est d’après des originaux autographeset exacts que je fais ce récit.