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LIVRE XXX.
par Ferdinand VII , elle était saisie de la double douleur de se voirdéchue, et de ne pas savoir en sûreté l’objet de ses criminelles affec-tions. Et comme les mouvements de son àmc se reproduisaient à l’ins-tant dans l’àme de son faible époux, elle l’avait rempli des mêmesregrets et du même chagriu. Par surcroît de malheur, on venait deleur signifier au nom de Ferdinand VII qu’il fallait se rendre à Bada-joz, au fond de l’Eslramadure, loin de la protection des Français ,pour y vivre dans l’isolement, la misère peut-être, tandis qu’un filsdétesté régnerait, se vengerait, immolerait probablement le malheu- |
reuxGodoy! En face d'une telle perspective, la déchéance était deve- J
nue plus cruelle. La jeune reine d’Étrurie , que cet exil désolait en j
proportion de son âge, ajoutait à toutes les douleurs de cette royale j
famille son propre désespoir. Liée avec Murat, apportant le secours de i
ses relations avec lui, elle avait été chargée d’invoquer la protection i
de l’armée française.
Telle était la situation dans laquelle M. de Montliyon trouva cettefamille infortunée. Il fut entouré, assailli des prières et des instancesles plus vives, par le vieux roi, la vieille reine, la jeune reine d’Elru-rie. On lui raconta les angoisses des dernières journées, les violencesqu’on avait subies, celles qu’on allait peut-être subir encore, les injonc-tions qu’on avait reçues de partir pour Badajoz , et surtout les périlsqui menaçaient Emmanuel Godoy. On parla de celui-ci beaucoup plusque de la famille royale elle-même; on demanda pour lui, à mainsjointes, la protection de la France , en offrant de s’en rapporter à ladécision de Murat relativement à tout ce qui était arrivé, de le fairel’arbitre des destinées de l’Espagne , de se soumettre enfin h tout cequ’il ordonnerait. j
M. de Monthyon repartit à l’instant afin de rejoindre Murat, quis’était rapproché de Madrid , dans la journée du 22, pour y entrer le25, jour presque indiqué d’avance dans les instructions de Napoléon.
Il lui fit part de ce qu’il avait vu et entendu dans son entretien avecles vieux souverains, de leurs regrets amers, et de leur désir d’en ap- jpeler à Napoléon des derniers évènements d’Espagne . Murat en écou- ■
tant ce récit fut saisi d’une sorte d’illumination subite. Il n’avait pas le :
secret de la politique dont il était l’instrument, mais il avait quelque-fois supposé que Napoléon voulait en effrayant Charles IV le porter às’enfuir, et se procurer la couronne d’Espagne comme celle du Portu-gal , par le délaissement des possesseurs. Ce plan se trouvant déjoué