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BAYONNE .

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il fallait toucher les sens plutôt que la raison. Toutefois l’ensemble dece spectacle militaire produisit un certain effet sur l’imagination desEspagnols. Ils applaudirent beaucoup les Français et leurs chefs.

Par une négligence involontaire, bien plus que par un défaut d’é-gards qui n’était dans l’intention de personne, on avait omis depréparer le logement du général en chef de l’armée française. Muratdescendit aux portes de Madrid dans le palais abandonné du Buen-Retiro, et s’arrêta dans l’appartement qu’avaient habité les demoisellesTudo avant leur départ. Il fut blessé de ce manque de soins. Mais onlui offrit immédiatement l’ancienne demeure du prince de la Paix,située près du magnifique palais que la royauté espagnole occupe àMadrid . Les autorités civiles et militaires, leclergé, le corps diploma-tique, vinrent le visiter. Il les reçut avec grâce et hauteur, et presqueen souverain, quoiqu’il n’eût d'autre titre que celui de général enchef de l’armée française.

Tandis qu’il entrait dans Madrid , on lui apprit qu’on allait y amenerprisonnier, chargé de chaînes, sous la conduite des gardes du corps,le malheureux Godoy, dont on voulait avoir le plaisir de commencerle procès tout de suite. Murat, par générosité et par calcul, pour mé-nager l’ancienne cour, appelée à devenir l’instrument des nouvellescombinaisons, était résolu à ne pas tolérer un acte de cruauté enversle favori déchu. Craignant que la présence de ce personnage, objet detoutes les haines de la multitude, ne provoquât un tumulte populaire,surtout au moment de l’entrée des troupes françaises, il envoya unde ses officiers, avec l’ordre pur et simple d’ajourner la translation duprisonnier, et de le retenir dans un village voisin de Madrid . Cet ordretrouva et fixa le prince de la Paix au village de Pinto, où il fut détenuquelques jours. Murat dirigea sur-le-champ un détachement de cava-lerie sur Aranjuez , pour y protéger les vieux souverains, s’opposer à cequ’on les acheminât vers Badajoz , et leur rendre le courage de suivreses conseils, en leur rendant la sécurité. Il annonça en meme tempsque ni lui ni son maître ne souffriraient les rigueurs qu’on préparaitcontre Emmanuel Godoy.

M. de Monthyon avait Irouvé la famille des vieux souverains encoreplus désolée qu’à son premier voyage, encore plus alarmée du sort duprince de la Paix, encore plus navrée de l’abandon dans lequel on lalaissait, encore plus irritée du triomphe de Ferdinand VII , et bien plusdisposée par conséquent à se jeter dans les bras de la France . L’idée