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LIVRE XXX.
d’une protestation propre à leur faire recouvrer le pouvoir ou à les 1venger, conforme d’ailleurs à la vérité des faits, ne pouvait qu’êtreaccueillie avec transport. Elle le fut, et tout aussitôt. Charles IV semontra prêt h la signer. Mais la rédaction proposée par Murat n’étaitpas exactement celle qui convenait aux vieux souverains, bien qu’ilsfussent peu difficiles et mauvais juges en fait de convenances de lan-gage. Ils craignaient qu’une telle démarche, si elle venait à être connue,ne compromît leur vie et celle du favori, et ils demandèrent quelques jheures pour réfléchir à la forme qui semblerait la meilleure, s’enga- ^géant du reste à se conduire en tout comme on le voudrait, et à dater jla protestation du jour qui ferait le mieux ressortir la spontanéité deleur recours à la justice de Napoléon. M. de Monlhyon fut renvoyé àMurat avec toutes ces assurances, et un nouvel appel à la protection del’armée française.
Mural, certain de disposer des vieux souverains comme il l’enten-drait pour le succès de la combinaison dont il était l’auteur, résolut ?d’agir également sur Ferdinand VII , pour l’engager à ne pas prendre |encore la couronne , à faire acte de roi le plus tard qu’il pourrait, et Jsurtout à différer son entrée solennelle dans Madrid . Murat pensait |que moins Ferdinand VII serait roi, Charles IV ne l’étant plus, mieux |iraient les choses dans le sens de ses espérances. Il désirait en outre jjobtenir de Ferdinand VII une autre détermination qui lui semblait ’<urgente. Le prince de la Paix, lorsqu’il était question du voyage eu fAndalousie , avait ordonné aux troupes espagnoles de repasser ia frou- ]tière du Portugal , pour rentrer, la division Taranco en Castille Vieille, jla division Solano en Estramadure . Celle-ci, déjà revenue aux envi- jrons de Talavera, s'approchait de Madrid , et pouvait occasionner une ;collision contraire aux vues de Murat, qui comprenait très-bien qu’ilfallait mener par adresse et non par force les atfaires d’Espagne . Maispour que l’ordre de rétrograder fût donné aux troupes esgagnoles, ilfallait recourir à Ferdinand lui-même.
Murat manda auprès de lui M. de Beauharnais, dont il se défiaitfort, parce qu'il le savait attaché à Ferdinand VII , et auquel il sup-posait plus de finesse que cet honnête et maladroit ambassadeur n’é-tait capable d’en mettre dans une trame politique. Il lui persuada de ;se rendre sur-le-champ à Aranjuez , et d’user de son ascendant surFerdinand VII pour lui arracher les résolutions que réclamait la cir- •constance. Afin de décider M. de Beauharnais, Murat commença par ;