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LIVUK XXX.

pour la politique de son père, politique de concessions envers laFrance , était pour quelque chose dans la popularité dont il jouissait ;que l’expérience avait prouvé combien il fallait peu compter sur lesmariages pour changer la politique des princes ; que Ferdinand seraitdonc avant peu l’ennemi déclaré des Français ; que cependant il ne fal-lait pas rompre avec lui, car , tout médiocre qu’il était, pour nousl’opposer on en ferait un héros ; qu’entre l’impossibilité de faire régnerle père et le danger de se confier au fds, il ne fallait pas se hâter dechoisir, ne pas surtout laisser deviner le parti qu’on prendrait, ce quiétait d’autant plus facile que lui, Napoléon, ne le savait pas encore ;qu'il fallait donner à espérer la possibilité d’un arbitrage bienveillantet désintéressé, et, quant à une entrevue avec Ferdinand Vil, ne s’yengager que dans le cas où la France serait décidément obligée à lereconnaître ; qu’en un mot la prudence conseillait de ne rien brus-quer, de ne rien précipiter ; que le prince Murat devait en particulierse garder des suggestions de son intérêt personnel ; que Napoléon son-gerait à lui, pourvu qu’il n’y songeât pas lui-même ; que la couronnede Portugal serait toujours à sa disposition pour récompenser les ser-vices du plus fidèle de ses lieutenants, de celui qui à tous ses méritesjoignait l’avantage d’être l’époux de sa sœur.

Tels étaient les sages conseils que Napoléon, sous l’influence et parl’intermédiaire de M. de Tournon , allait adresser à son lieutenant,lorsque , après avoir passé deux jours sans nouvelles, il reçut leslettres de Murat datées du 24, dans lesquelles celui-ci racontait souentrée paisible à Madrid , l’accueil excellent qu’on lui avait fait, lepenchant des vieux souverains à se jeter dans ses bras, leur empresse-ment à protester contre l’abdication du 19, la facilité enfin de rendrele trône vacant en refusant de reconnaître Ferdinand Vil, et en pla-çant ainsi l’Espagne entre un roi qui avait abdiqué et un roi qui n’étaitpas reconnu. Napoléon, retrouvant sous sa main tous les moyens aux-quels il avait cessé de croire un moment, revint au plan que la révolu-tion d’Aranjuez avait suggéré à Murat et à lui-mème, et confirma lesordres dont le général Savary venait d’ètre, un peu avant l’arrivée deM. de Tournon , constitué le dépositaire et l’exécuteur. En consé-quence , dans une nouvelle lettre datée du 50, Napoléon écrivit àMurat qu’il approuvait toute sa conduite, qu’il avait bien fait d’entrerdans Madrid ; qu’il fallait cependant continuer d’éviter toute collision,empêcher surtout qu’on ne fit aucun mal au prince de la Paix, l’en-