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voyer même à Bayonne , s’il se pouvait, protéger avec soin les vieuxsouverains, les faire venir d’Aranjuez à l’Escurial, où ils seraient aumilieu de l’artnée française, se garder de reconnaître Ferdinand VII et attendre enfin l’arrivée de la cour de France ù Bayonne , où elleallait se transporter immédiatement. Napoléon fit partir sur-le-champM. de Tournon , sans lui remettre la lettre si prévoyante dont nous ve-nons de donner l’analyse *, mais sans avoir pu lui cacher non plus nila désapprobation passagère dont il avait frappé la conduite de Murat,ni les appréhensions que lui causaient quelquefois les suites possiblesde l’affaire d'Espagne . Il le renvoya sans lettre, avec la mission decontinuer à tout observer, et de préparer ses logements à Madrid . Na-poléon partit lui-même le 2 avril pour Bordeaux , où il voulait demeu-rer quelques jours, pour recevoir de nouvelles lettres de Murat, etdonner à tous ceux qu’on devait conduire à Bayonne , de gré ou deforce, le temps d’y être attirés et rendus. Il laissa à Paris M. de Tal-leyrand, pour y occuper et y entretenir les représentants de la diplo-matie européenne, qui auraient besoin d’être rassurés ou contenus àchaque courrier qui leur parviendrait de Madrid . M. de Tolstoy plusqu’un autre réclamait ce genre de soins. Napoléon emmena le docileet fidèle M. de Ghampagny, duquel il n’avait pas grande objection àcraindre, et devança même sa maison, tant il était pressé de se rap-procher du théâtre des événements. S’attendant à demeurer longtempssur la frontière d’Espagne , et à y recevoir beaucoup de princes et deprincesses, il ordonna à l’impératrice de venir l’y joindre sous peu dejours. Il arriva à Bordeaux le 4 avril, très impatient d’apprendre desnouvelles de Murat.
Mais les événements à Madrid , ralentis un moment, parce que Murataitcndait des ordres de Paris, et que Ferdinand VII attendait ses deuxconfidents principaux, le chanoine Escoïquiz et le duc de l’Infantado,les événements avaient bientôt repris leur cours. Tout en s’engageantavec sa hardiesse ordinaire, Murat ne laissait pas que d’avoir quel-
’ On tro'ivera la lettre dont je donne ici l'analyse rapportée textuellement et dis-cutée, quant à son authenticité, dans une note spéciale que j’ai cru devoir rejeterà la fin de ce volume, pour ne pas interrompre mon récit. Dans cette note j’ai vouludiscuter les points principaux de 1 affaire d'Espagne et établir les fondements surlesquels reposent mes assertions historiques. La lettre dont il s’agit méritait parson importance une attention toute particulière, et je crois être parvenu à prouveret à expliquer son existence, que j'avais été d'abord disposé à contester.
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