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LIVRE XXX.
D’abord il aurait fallu savoir ce que voulait Napoléon à l’égard de1 Espagne, lorsqu’il avais joint aux 30,000 hommes envoyésà Lisbonne une autre armée qu’on n’estimait pas à moins de 80,000, et dont lamarche, par Bayonne et Perpignan, par la Castille et la Catalogne ,indiquait un tout autre but que le Portugal . Or les conseillers de Fer-dinand, tant ceux qu’il venait d’introduire nouvellement dans le minis-tère que ceux qui en faisaient partie du temps du prince de la Paix,ignoraient absolument le secret des relations diplomatiques avec laFrance . M. de Cevallos, ministre des alfaires étrangères, n’avait étéinitié à aucune des négociations conduites à Paris par M. Yzquierdo.Le prince de la Paix et la reine en avaient seuls la connaissance, et leroi Charles IV n’en savait que ce qu’on voulait bien lui en apprendre.D’ailleursces négociations elles-mêmes, comme l'affirmait avec sagacitéM. Yzquierdo, n’étaient peut-être qu’un leurre, pour cacher sous unefeinte contestation les desseins secrets de Napoléon .
Ainsi les conseillers de Ferdinand, tant les nouveaux que les an-ciens, ne savaient rien de ce que savait le prince de la Paix, et le princede la Paix lui-même ne savait que ce que M. Yzquierdo avait plutôtdeviné que connu d’une manière certaine. Tandis qu’on délibérait, ilarriva à Madrid une dépêche de M. Yzquierdo, adressée au prince dela Paix, et écrite de Paris le 24 mars, avant la connaissance de la ré-volution d’Aranjuez . Dans cette dépêche, M. Yzquierdo rapportait lesdétails de la négociation simulée existant entre les cabinets de Madrid et de Paris. Il semblait, d’après cette négociation, que Napoléon exi-geait un traité perpétuel d’alliance entre les deux États, l’ouverturedes colonies espagnoles aux Français , enfin, pour s’épargner les diffi-cultés du passage des troupes destinées à la garde du Portugal , l’é-change de ce royaume contre les provinces de l’Èbre situées au pieddes Pyrénées, telles que la Navarre, l’Aragon, la Catalogne . A ces con-ditions, écrivait M. Yzquierdo, l’empereur Napoléon donnerait au roides Espagncs le titre d’empereur des Amériques, accepterait Ferdi-nand VII comme héritier présomptif de la couronne d’Espagne , et luiaccorderait en mariage une princesse française. Il avait, disait-il, fortcombattu ces conditions, surtout celle qui consistait dans l’abandondes provinces de l’Èbre , mais sans succès. Il n’ajoutait pas, parce qu’ill’avait déjà dit de vive voix dans son court passage à Madrid, que Na-poléon voulait tout autre chose, et aspirait à s’emparer de la couronneelle-même. Du reste, le contenu de cette dépêche était rigoureuse-