55ô
ment exact, car SVI. de Talleyrand , de son côté, avait fait un semblablerapport à l’Empereur, lui offrant, s’il le désirait, d’en finir à ces con-ditions avec la cour d’Espagne .
Les conseillers de Ferdinand en recevant la dépêche de M. Yzquierdo,qui ne leur était pas destinée, se crurent, dans leur ignorance deshommes et des affaires, tout à fait initiés au secret de la politique deNapoléon. Ils supposaient de bonne foi qu’entre les deux gouverne-ments de France et d’Espagne , il ne s’agissait pas d’autre chose quedes questions mentionnées dans la dépêche de M. Yzquierdo, et queNapoléon ne songeait nullement à se saisir de la couronne d’Espagne .Voici comment ils raisonnaient. D’abord, que Napoléon osât braver lapuissance de l’Espagne jusqu’à vouloir s’emparer de la couronne, envrais Espagnols , ils ne pouvaient pas l’admettre. Qu’il en eût le désir,ils l’admettaient moins encore. N’avait-il pas, après Austerlitz, aprèsIéna, laissé les souverains d’Autriche et de Prusse sur leur trône? Iln’avait jusqu’ici détrôné que les Bourbons de Naples, qui s’étaient attiréce traitement sévère par une trahison impardonnable. Or, la courd’Espagne n’avait en rien mérité un pareil sort, puisqu’elle avait aucontraire prodigué toutes ses ressources au service de la France . Il nes’agissait donc, suivant les conseillers de Ferdinand, que de savoir sion échangerait quelques provinces contre le Portugal , si on ouvriraitles colonies espagnoles aux Français , si on consentirait à une alliancequi existait déjà de droit et de fait, et qui après tout était dans lesvrais intérêts des deux pays. Le seul point délicat, c’était le sacrificedes provinces de l’Ebre , sacrifice qu’on obtiendrait difficilement de lanation, et qui pourrait nuire beaucoup à la popularité du jeune roi.Toutefois, sur ce point même, le langage de M. Yzquierdo n’avait riend’absolu. C’était pour ainsi dire en échange de la route militaire versle Portugal que le cabinet français paraissait désirer les provinces del’Ebrc. Mais si on préférait supporter la servitude de cette route mili-taire, on serait dispensé d’abandonner les provinces demandées, on enserait quitte pour un passage de troupes françaises, incommode maistemporaire; car dès que Napoléon (ce qui ne pouvait manquer d’arri-ver) aurait une nouvelle guerre au nord, il serait forcé d’évacuer lePortugal, et l’Espagne se verrait ainsi délivrée de la présence de sestroupes.
Telle était la manière d’interpréter la dépêche de M. Yzquierdo. Lesconseillers de Ferdinand se disaient que le pis qui put arriver d’une né-