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LIVRE XXX.

question comme tranchée par les ordres de Napoléon , et il exigeaqu'on fit sortir de prison le prince de la Paix pour l’envoyer àBayonne . Il annonça du reste qu’Emmanuel Godoy serait à jamaisexilé d’Espagne, et qu’il ne serait transporté en France que pour yrecevoir la vie, seule chose qu’on voulût sauver en lui. Murat, aprèsavoir adressé celte communication à la junte, dirigea des troupesde cavalerie sur Villa-Viciosa avec ordre d’enlever le prisonnier degré ou de force. Le marquis de Chasteler, qui était préposé à sagarde, mettant son honneur à servir la haine nationale, se refusait àle rendre, quand la junte, pour prévenir une collision, lui fit dire dele livrer.

L’infortuné dominateur de l’Espagne , qui naguère encore étai tentouré de toutes les superfluités du luxe, qui surpassait la royautéelle-même en somptuosité, comme il la surpassait en pouvoir, arrivaau camp de Murat presque sans vêlements, avec une longue barbe, desblessures, à peine fermées, et les marques des chaînes qu’il avaitportées. C’est dans ce triste état qu’il vit pour la première fois l’amiqu’il s’était choisi au sein de la cour impériale, dans de bien autresvues que celles qui se réalisaient aujourd’hui. Murat, chez qui la géné-rosité ne se démentait jamais, combla d’égards Emmanuel Godoy, luiprocura tout ce dont il manquait, et le fit partir pour Bayonne sousl’escorte de l’un de ses aides de camp et de quelques cavaliers. Cettepartie des ordres de Napoléon exécutée, il s’occupa du départ des vieuxsouverains, qui dans leur malheur ne se sentaient pas de joie à l’idéede savoir que leur ami était sauvé, et qu’ils allaient être prochainementen présence du tout-puissant empereur qui pouvait les venger de leursennemis. Leurs préparatifs de voyage achevés, préparatifs dont le prin-cipal consista à s’emparer des plus beaux diamants de la couronne, ilsdemandèrent à Murat d’ordonner leur départ. Ils vinrent en effetcoucher le 25 de l’Escurial auPardo, au milieu des troupes françaises,où ils virent et embrassèrent Murat avec la plus grande effusion desentiments. Ils partirent de là pour se rendre à Builrago, et suivre lagrande route de Bayonne avec la lenteur qui convenait à leur âge et àleur mollesse. Ils rencontrèrent sur la route quelques marques derespect, pas une seule de sympathie. Il aurait suffi, pour les étouffertoutes, de la présence de la vieille reine, objet depuis vingt ans de lahaine et du mépris de la nation.

Murat, cette fois, était bien seul maître de l’Espagne , et pouvait se