LIVRE XXX.
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à Esslingct à Wagram pour les soldats les plus disciplinés de l’Europe .L’infant don Antonio, qui la veille n’avait pas été au nombre desfauteurs de la révolte, et qui paraissait même obsédé de la jactance despartisansde l'insurrection, dit le soir mêmcà Murat, comme un hommequi respirait apres une longue fatigue: « Enfin on ne nous répétera plusque des paysans armés de couteaux peuvent venir à bout de troupes ré-gulières ! » L’impression était profonde, en effet, chez le pcuplede Ma-drid , et, dans son exagération, il débitait et croyait qu’il y avait euplusieurs milliers de morts ou de blessés. Il n’en était rien cependant,car les insurgés avaient à peine perdu 400 hommes et les Français unecentaine au plus. Mais la terreur, grossissant les nombres comme decoutume, donnait à celle journée une importancemoraletrès-supérieureà son importance matérielle. Dès cet instant, Murat pouvait tout oser.Il fit partir le lendemain non-seulement l’infant don Francisco, maisla reine d'Étrurie , son fils, et le vieil infant don Antonio lui-mème,quiavait tous les sentiments des insurgés, moins leur énergie, et qui nedemandait pas mieux que d’aller trouver à Bayonne ce qui attendaiten ce lieu tous les princes d’Espagne , le repos et la déchéance. L’in-fant don Antonio consentit à partir immédiatement, et abandonna laprésidence de la junte de gouvernement, sans même en donner avisà celte junte. Murat venait de recevoir le décret de Charles IV , quilui conférait la lieutenance générale du royaume. Il appela la junte,se fit accepter comme son président à la place de l’infant don Antonio,et fut investi dès lors de tous les pouvoirs de la royauté. Il alla s’éta-blir au palais, où il occupa les appartements du prince des Asturies,et, reprenant dans sa correspondance avec Napoléon son langage ha-bituel, il lui écrivit que toute la force de résistance des Espagnols s’élailépuisée dans la journée du 2 mai, qu’on n’avait qu’à désigner le roidestiné à l’Espagne , et que ce roi régnerait sans obstacle. Dans plusd’une lettre il avait déjà dit, comme un fait qu’il citait sans y ajouteraucune réflexion, que les Espagnols , impatients de sortir de leurslongues et pénibles anxiétés, s’écriaient souvent : « Courons chez legrand-duc de Berg, et proclamons-le roi. » Dans ces folles illusions, ily avait quelque chose de vrai cependant. A prendre un roi français,Murat était celui que sa renommée militaire, sa bonne grâce, sa jac-tance méridionale, sa présence à Madrid , auraient fait accepler le plusfacilement par le peuple espagnol .
Les nouvelles de Madrid arrivèrent le ?» mai à Bayonne , à quatre