400
LIVRE XXX.
compétence. Cette fois, loin de viser h l’étendre, ils en firent valoir aucontraire les étroites limites, en se récriant contre la prétention qu’onvoulait leur suggérer de toucher aux droits du trône, et de décider siune dynastie avait mérité d’en descendre, et une autre d’y monter.Cependant, après de nombreuses et actives négociations, dont lemarquis de Caballero fut l'intermédiaire, les conseils de Castille et desIndes aboutirent à une déclaration portant que, dans le cas oùCharles IV et Ferdinand VII auraient définitivement renoncé à leursdroits, le souverain qu’ils croyaient le plus capable de faire le bonheurde l’Espagne serait le prince Joseph Bonaparte , qui régnait avec tantde sagesse dans une partie de l’ancien patrimoine espagnol , dans leroyaume de Naples . Ainsi les conseils ne prenaient pas sur eux de pro-noncer sur les droits de Ferdinand VII et de Charles IV , mais sc bor-naient, en cas de vacance bien reconnue du trône, à témoigner unepréférence, qui n’était après tout qu’une marque de haute considé-ration pour l’un des princes les plus estimés de la famille Bonaparte .
Mural manda ce résultat à Napoléon , sans lui dissimuler les peinesqu’il avait eues à l’obtenir, et les difficultés particulières que rencon-trait un candidat absent. Il était facile d'apercevoir qu’il éprouvait unesorte de satisfaction en voyant s’élever contre la candidature du princeJoseph des objections qui pouvaient faire renaître la sienne. Napoléon ,qui n’avait pas coutume de le ménager, ne voulut pas toutefois l’irri-ter dans un moment où il avait tant besoin de son zèle, et se contentad’adresser à M. de la Forêt la plus violente et la moins juste des répri-mandes, lui disant qu’on l’avait placé auprès du prince Mural pourlui donner de bons et sages avis, non pour flatter ses penchants ; queles hésitations qu’on rencontrait à Madrid ne provenaient que de lafaiblesse avec laquelle on avait agi auprès des autorités espagnoles ;que le grand duc de Berg se berçait de l’espoir de léguer sur l’Espa-gne , et que sa conduite s’en ressentait; que c’était là une illusion qu’ilfallait détruire chez lui, car personne en Espagne ne songeait à leprendre pour roi ; qu’on n’oublierait jamais qu’il avait été l’auteur detoute la trame qui venait d’aboutir à la dépossession de la famille dé-chue, et le général qui avait commandé la mitraillade du 2 mai; qu’unprince étranger à tous ces actes, sur lequel ne pèserait aucun souve-nir d’intrigue ou de rigueur, serait bien mieux reçu, et que la récom-pense des services rendus par le prince Murat serait dans le royaumede Naples , destiné à devenir vacant par le succès même de ce qu’on