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NOTES

NOTE DU LIVRE XXIX.

(vom page 505.)

J'étonnerais beaucoup et !e publie et les historiens contemporains, qui prennenten général très-vite leur parti sur les questions douteuses, si je disais par quellesperplexités j’ai passé avant de me fixer sur les vrais projets de Napoléon à l’égardde l’Espagne . Comme il a fini par l’envahir et par la donner à son frère Joseph, onen a conclu qu'il a toujours voulu ce qu’il a exécuté en définitive, de même qu'il ya des gens qui croient de bonne foi que, parce qu’il s’est fait empereur, il y son-geait à l’armée d'Italie. N’avons-nous pas vu en effet des collecteurs de souvenirschercher les premières traces de ses projets à l'école de Brienne ? Moreau a fini partrahir la France en 1815; cela est certain. On ne se contente pas de faire remonterses mauvaises dispositions civiques à la conspiration de Georges, à sa brouille avecle Premier Consul, on les fait remonter à la conspiration de Pichcgru. et, l’espritd’investigation aidant, jusqu’à l’école de Rennes , où il avait conçu, apparemmenten étudiant le droit, le projet de livrer les arméis françaises aux Autrichiens. Iln’y a pas de plus ridicule manière de juger les hommes. On se trompe ainsi et surles individus eux-mêmes, et sur la marche de l’esprit humain, qui est lente et suc-cessive. et beaucoup plus souvent déterminée par les événements qu’elle n’a l’hon-neur de les déterminer. Napoléon en 1808 a délrèné les Bourbons d'Espagne :quand l'a-t-il voulu? par quels moyens? Voilà des questions historiques de la plusgrande difficulté, même lorsqu'on a eu tous les documents historiques sous lesyeux. Je suis le seul historien qui les ait possédés tous, grâce aux communicationsque ma situation politique m’avait values, et j’ai été longtemps dans de grandsdoutes, qui n’ont cessé que par suite de découvertes, fruit de beaucoup de re-cherches, d'application et de bonheur. Je tiens à les raconter, pour l'édification dupublic et des hommes qui se font un devoir des recherches consciencieuses.

D’abord un mot sur les documents eux-mêmes. De tous les écrivains qui onttraité ces époques, pas un seul n’a possédé les vrais documents historiques. Tousont composé des livres avec d’autres livres. Cela frappe à la simple lecture pourquelqu’un qui connaît les faits. M. de Torcno lui-même, dont l'ouvrage sur la ré-volution d'Espagne est remarquable par un véritable talent, et, ce qui vaut mieuxencore, par un grand sens politique, n'a pas connu les documents. Il a com-posé son ouvrage sur les publications espagnoles et françaises, et sur beaucoup detraditions vivantes, recueillies dans son propre pays, lesquelles rendent son récitprécieux sous quelques rapports. Parmi les auteurs français , un seul. M. Armandl.efèvre, a eu l'avantage d être introduit aux affaires étrangères. 11 a touché àquelques documents certains. A-t-il pu, grâce à cette initiation, connaître lavérité? Une seule remarque suffira pour répondre à cette question. La correspon-dance des affaires étrangères consiste en quelques dépêches forlraresdeM.deChampagny, et en dépêches très-nombreuses de M. de Beauharnais, ambassadeurde France à Madrid . Or, M. de Champagny, très-honuêle homme, très-dévoué àl’Empereur, ne sutpas un mot de l’affaire d’Espagne . M. de Beauharnais. très-hon-nête homme, très-incapable, ne fut pris que pour jouer le personnage ridicule d’unambassadeur qu’on trompait afin qu’il trompât mieux la cour auprès de laquelle il