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NOTES.
Amené par l’événement de Copenhague et l’obligation de continuer la guerre àprendre le Portugal. Napoléon eut ainsi l’esprit attiré vers les affaires de la Pénin-sule, et parle procès de l’Escurial sa volonté fut provoquée jusqu’à vouloir s’enmêler par la force. Un répit ayant été la suite du pardon accordé à Ferdinand, ilpartit pour l’Italie en novembre 1807.
Il est évident, par ce qui se passa à Mantoue avec Lucien Bonaparte, que Napo-léon songeait alors à un mariage de l’une de ses nièces avec Ferdinand, et qu'iln’était pas fixé sur le détrûneraent des Bourbons. Cependant il donna en Italie même des ordres pour la marche des troupes, et des ordres qui prouvent que cestroupes n’étaient pas de simples renforts envoyés à l’armée de Portugal (commeseraient portés à le croire ceux qui prétendent qu'avant la révolution d’AranjuczNapoléon ne pensait à rien), mais des troupes destinées à résoudre l’affaire d’Es-pagne elle-même, puisque c’est en Italie qu’il organisa la division Duhesme, char-gée d’envahir la Catalogne .
Arrivé à Paris en janvier 1808. ses ordres se multiplièrent, et prouvent par leursuccession rapide que la résolution mûrissait, et qu’il voulait en finir avec lesBourbons d’Espagne .
II avait deux manières, ou trois, si l’on veut, de résoudre la question :
1° Donner une princesse française à Ferdinand, en n’exigeant aucun sacrifice dela part de l'Espagne .
2° Donner une princesse française, en exigeant les provinces de l’Èbrc et l’ou-verture des colonies espagnoles.
3° Détrûner les Bourbons.
Quant au premier projet, le plus sage à mon avis, Napoléon ne dut pas y songerlongtemps, car il renvoya un peu après sa nièce en Italie . Cette scène, attestéepar des témoins oculaires, parmi lesquels un frère de l’Empereur, ne peut laisserde doute.
Quantau second projet, il a existé certainement, ou du moins il en a été ques-tion:carune dépêche de Al. Yzquierdo, reçue à Madrid par Ferdinand au momentoù son père abdiquait, et publiée par les Espagnols , atteste la discussion de ceprojet entre M. Yzquierdo et AI. de Talleyrand . De plus, il se trouve une lettre deM. de Talleyrand au dépôt du Louvre, dans laquelle il expose à Napoléon ce mêmeprojet, tandis que M. Yzquierdo l’exposait de son côté à la cour d'Espagne , et à lamême date. Le second projet a donc existé. Fut-il sérieux? Oui, à un certain degré;car AI. de Talleyrand ajoute ces mots dans sa dépêche à l’Empereur : « Alon opi-» nion est que si cela convenaità Votre Majesté, on engagerait AI. Yzquierdo, ce-» pendant avec un peu de peine, à signer; toutefois en éloignant les troupes du» séjour du roi.» Le projet d’en finir, avec ou sans mariage, mais avec l'abandondes provinces de l'Èbrc et l’ouverture des colonies, avait donc une certaine réalité,du moins dans l’esprit de Al. de Talleyrand, qui était ici le confident intime del’Empereur. Aiaisce projet était-il tout à fait sérieux? Était-il autre chose qu’uneéventualité que Napoléon se réservait, en tendant véritablement à un autre but?Oui, et je crois en effet que c’est là la vérité. Napoléon laissait discuter, dans lecourant de février etde mars 1808, le projet de terminer les affaires pendantes avecl’Espagne par un abandon de ses provinces de l'Èbre et l’ouverture de ses colonies,avec ou sans un mariage, mais en même temps et plus sérieusement il tendait audétrônement.
Voici les raisons qui déterminent ma conviction à ce sujet :
1» Les expressions mêmes de Al de Talleyrand prouvent que le projet n’étaitqu’à Moitié sérieux, car si Napoléon n’avait eu que ce but, l’avait eu sérieusement,on ne se serait pas borné à lui dire : Si cela convenait à Votre Majesté. Quand iltendait à un but déterminé, son langage, celui de ses agents, s’empreignant de sarésolution, prenaient un ton passionné, positif, et jamais le ton du doute.
2° S'il n’avait voulu que s’approprier les provinces de l’Èbre , se faire ouvrir lescolonies, et conclure un mariage, il n’aurait pas eu besoin d’encombrer l’Espagne de troupes; il n'aurait pas eu besoin de donner des ordres mystérieux, de fairemarcher sur Aladrid par toutes les routes à la fois ; il n'aurait eu qu’une volonté àexprimer, et la cour d'Espagne , après avoir peut-être résisté un moment, auraitcédé infailliblement. Il aurait dàilleurs dit clairement à Alurat ce qu’il voulait, aulieu de lui laisser le plus grand doute sur l’objet auquel était destinée l’arméefrançaise.