NOTES.
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en l’effrayant. Puis en les relisant j’ai reconnu que Napoléon n'était rassurant quepour entrer dans Madrid , et pour éviter , avant d’y entrer, une collision. Ainsi,dans la lettre du il mars, citée la première, j'ai remarqué ces mots : » Quelles que» soient les intentions de la cour d’Espagne , vous devez comprendre que ce quia est surtout utile, c’est A'arriver à Madrid sans hostilités, d'y faire camper les» corps par division pour les faire paraître plus nombreux, pour faire reposer mes» troupes et les réapprovisionner de vivres. Pendant ce temps mes différends s’ar-n rangeront avec la cour d’Espagne . J’espère que la guerre n’aura pas lieu, ce que» j’ai fort à cœur. Si je prends tant de précautions, c’est que mon habitude est deh ne rien donner au hasard. Si la guerre avait lieu, votre position serait plus belle,» puisque vous auriez sur vos derrières une force plus que suffisante pour les pro-« téger, et sur votre flanc gauche la division Duhesmc. forte de 14 ,000 hommes. »
Dans celle du 16, en poursuivant, j’ai trouvé ces mots : « Continuez à tenir de» bon propos. Rassurez le roi, le prince de la Paix, le prince des Asturies, la reine.» Le principal est d’arriver à Madrid , d’y reposer vos troupes, et d'y refaire vos» vivres. Dites que je vais arriver, afin de concilier et d’arranger les affaires.
» Surtout ne commettez aucune hostilité , ù moins d’y être obligé. J'espère que tout>i peut s’arranger, et, il serait dangereux d’effaroucher ces gens là n
/.'intention était donc évidente, Napoléon voulait entrer sans collision , et êtrerassurant tout juste autant qu’il le fallait pour éviter d’en venir aux mains. Maisen comparant bien les divers passages entre eux, en consultant l’ensemble de sesdispositions, je suis enfin revenu à l'idée que s’il voulait éviter une collision avecla population, il voulait cependant faire partir la cour.
En effet tout lui annonçait le projet de départ. On le lui mandait tous les joursde Madrid. M. Yzquierdo , s’entretenant avec M. de Talleyrand . avait avoué leprojet. Dans cet état de choses, instruit comme il l'était, Napoléon savait qu’il suf-fisait de laisser faire pour que la fuite eût lieu. Il y a plus : il aurait suffi d’un seulacte de sa volonté pour l’empêcher, car les troupes françaises étaient arrivées le19 sur le Guadarrama. Un simple mouvement de cavalerie sur Aranjuez pouvait enquelques heures envelopper la cour et l’arrêter. Il y aurait eu quelque chose deplus facile encore ; c’eût été, en prenant la direction la moins alarmante, celle deTalavera, qui pouvait passer pour un renfort à Junot, d’entourer Aranjuez et d’em-pêcher toute fuite. Mais il y a un passage de la correspondance plus décisif quetout le reste, et qui laisse peu de doutes à ce sujet. Le voici. Murat ne sachant pascomment se comporter, à la nouvelle partout répandue que la cour allez fuir ,adressa à Napoléon cette question : « Si la cour veut partir pour Séville , dois-je laa laisser partir? a Napoléon répond le 25 mars :
« Je suppose que vous êtes arrivé aujourd'hui ou que vous arriverez demain à» Madrid. Vous tiendrez là une bonne discipline. Si la cour est à Aranjuez ,vowsa l’y laisserez tranquille , et vous lui montrerez de bons sentiments d’amitié. Si elle" s’est retirée à Séville , vous l’y laisserez également tranquille Vous enverrez des» aides de camp au prince de la Paix pour lui dire qu'il a mal fait d’éviter les« troupes françaises, qu’il ne doit faire aucun mouvement hostile, que le roi d’Es-» pagne n’a rien à craindre de nos troupes. »
Maintenant, si on songe que Napoléon fit partir M. Yzquierdo de Paris (unelettre de Duroc contient en effet l’invitation de partir tout de suite), qu’il le fit par-tir rempli d’épouvante, et qu’en portant 80,000 hommes sur Madrid il ne voulutjamais donner une eule explication, il est évident que tout fut calculé pour amenerle départ, qui eut lieu effectivement, autant du moins qu’il dépendit de la courd’Espagne .
On pourrait dire, il est vrai, que Napoléon voulait les envelopper, s’emparerd’cui, et proclamer ensuite la déchéance. D’abord il aurait pu les envelopper et nele fit pas ; secondement c’eût été un acte de violence ouverte et injustifiable. La fuiteen Andalousie était bien mieux son fait, puisqu’elle laissait le trône vacant, etfournissait la solution cherchée.
Arrivé à ce point, j’aurais été convaincu que le projet de Napoléon était de forcerla cour d’Espagne à s’enfuir, sans une objection grave, et tellement grave qu’ellem’a fait hésiter plusieurs fois, et abandonner l’opinion que j’avais conçue. Cetteobjection est celle-ci : Le départ des Bourbons et leur fuite entraînait la perte descolonies Or, l’Espagne sans ses colonies était, de l’avis de tout le monde, unecharge des plus onéreuses. Tont le commerce du Midi ne cessait de répéter à