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Tome I.
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SUR L’ÉCONOMIE POLITIQUE.

perdre et supplanter l’un l'autre, tandis que lesaffaires demeurent abandonnées, ou ne se font qu'àmesure que l'intérêt personnel le demande et selonqu’il les dirige. Enfin toute l’habileté de ces grandspolitiques est de fasciner tellement les yeux de ceuxdont ils ont besoin, que chacun croie travailler pourson intérêt en travaillant pour le leur ; je dis le leur,si tant est qu’en effet le véritale intérêt des chefs soitd’anéantir les peuples pour les soumettre , et de rui-ner leur propre bien pour s’en assurer la possession.

Mais quand les citoyens aiment leur devoir , etque les dépositaires de l’autorité publique s’appli-quent sincèrement à nourrir cet amour par leurexemple et par leurs soins , toutes les difficultés s’é-vanouissent ; l’administration prend une facilité quila dispense de cet art ténébreux dont la noirceur faittout le mystère. Ces esprits vastes, si dangereux etsi admirés, tous ces grands ministres dont la gloiresc confond avec les malheurs du peuple, ne sontplus regrettés : les mœurs publiques suppléent au gé-nie des chefs ; et plus la vertu règne, moins les ta-lents sont nécessaires. L’ambition même est mieuxservie par le devoir que par l’usurpation : le peuple,convaincu que ses chefs ne travaillent qu’à faire sonbonheur, les dispense par sa déférence de travaillerà alfermir leur pouvoir j et l’histoire nous montreen mille endroits que l’autorité qu’il accorde à ceuxqu’il aime et dont il est aimé , est cent fois plus ab-solue que toute la tyrannie des usurpateurs. Ceci nesignifie pas que le gouvernement doive craindre d’u-per de son pouvoir, mais qu’il n’en doit user que