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Tome I.
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SUR L'ÉCONOMIE POLITIQUE. 33

mun qui les réunit. Il est certain que les plus grandsprodiges de vertu ont été produits par l'amour de lapairie : ce sentiment doux et vif, qui joint la forcede l'amour-propre à toute la beauté de la vertu, luidonne une énergie qui, sans la défigurer, en fait laplus héroïque de toutes les passions. C'est lui quiproduisit tant d’actions immortelles dont l'éclatéblouit nos foibles yeux, et tant de grands hommesdont les antiques vertus passent pour des fables de-puis que l’amour de la patrie est tourné en dérision.Ne nous en étonnons pas ; les transports des cœurstendres paroissent autant de chimères à quiconquene les a point sentis j et l'amour de la patrie, plusvif et plus délicieux cent fois que celui d'une maî-tresse, ne se conçoit de même qu'en réprouvant:mais il est aisé de remarquer dans tous les coeursqu'il échauffe, dans toutes les actions qu'il inspire,cette ardeur bouillante et sublime dont ne brille pasla plus pure vertu quand elle en est séparée. Osonsopposer Socrate même h Caton ; l'un étoit plus phi-losophe, et l’autre plus citoyen. Athènes étoit déjàperdue, et Socrate n’avoit plus de patrie que lemonde entier : Caton porta toujours la sienne aufond de son cœur ; il ne vivoit que pour elle et neput lui survivre. La vertu de Socrate est celle duplus sage des hommes ; mais^entre César et Pompée ,Caton semble un dieu parmi des mortels. L’un in-struit quelques particuliers, combat les sophistes, etmeurt pour la vérité ; l’autre défend l'état, la li-berté , les lois, contre les conquérants du monde, etquitte enfin la terre quand il n’y voit plus de patrie