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Tome I.
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DISCOURS

à servir. Un digne élève de Socrate seroit le plusvertueux de ses contemporains ; un digne émule deCaton en seroit le plus grand. La vertu du premierferoit son bonheur ; le second chercheroit son bon-heur dans celui de tous. Nous serions instruits parl’un et conduits par l’autre : et cela seul décideroitde la préférence ; car on n’a jamais fait un peuple desages, mais il n’est pas impossible de rendre un peu-ple heureux.

Voulons-nous que les peuples soient vertueux,commençons donc par leur faire aimer la patrie.Mais comment l’aimeront-ils , si la patrie n’est riende plus pour eux que pour des étrangers, et qu’ellene leur accorde que ce qu’elle ne peut refuser a per-sonne? Ce seroit bien pis s’ils n’y jouissoient pasmeme de la sûreté civile, et que leurs biens , leurvie ou leur liberté fussent à la discrétion des hom-mes puissants, sans qu’il leur fût possible ou permisd’oser réclamer les lois. Alors, soumis aux devoirsde l’état civil, sans jouir meme des droits de l’étatde nature et sans pouvoir employer leurs forces pourse défendre, ils seroient par conséquent dans la pirecondition 011 se puissent trouver des hommes libres,et le mot de patrie ne pourroit avoir pour eux qu’unsens odieux ou ridicule. Il ne faut pas croire quel'on puisse offenser ou couper un bras, que la dou-leur ne s’en porte à la tête ; et il n’est pas plus croya-ble que la volonté générale consente qu’un membrede l’état, quel qu’il soit, en blesse ou détruise unautre, qu’il ne l’est que les doigts d’un homme usantde sa raison aillent lui crever les yeux. La sûreté