Band 
Tome I.
Seite
50
JPEG-Download
 

50

DISCOURS

en des mains fidèles ; c’est le seul moyen qu’ellessoient fidèlement régies.

Quand une fois les fonds publics sont établis, leschefs de l'état en sont de droit les administrateurs;car cette administration fait une partie du gouver-nement, toujours essentielle, quoique non toujourségalement : son influence augmente a mesure quecelle des autres ressorts diminue; et l’on peut direqu’un gouvernement est parvenu a son dernier degréde corruption quand il n'a plus d'autre nerf quel'argent : or, comme tout gouvernement tend sanscesse au relâchement, cette \ seule raison montrepourquoi nul état ne peut subsister si ses revenusn'augmentent sans cesse.

Le premier sentiment de la nécessité de cette aug-mentation est aussi le premier signe du désordreintérieur de l’état : et le sage administrateur, en son-geant à trouver de l’argent pour pourvoir au besoinprésent, ne néglige pas de rechercher la cause éloi-gnée de ce nouveau besoin ; comme un marin, voyantl’eau gagner son vaisseau, n’oublie pas, en faisantjouer les pompes, de faire aussi chercher et bouclierla voie.

De cette règle découle la plus importante maximede l’administration des finances, qui est de travailleravec beaucoup plus de soin a prévenir les besoinsqu’à augmenter les revenus. De quelque diligencequ’on puisse user, le secours qui ne vient qu’aprèsle mal, et plus lentement, laisse toujours l’état ensouffrance : tandis qu'on songe à remédier à'unmal, un autre se fait déjà sentir, les ressources