Band 
Tome I.
Seite
63
JPEG-Download
 

SUR L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 03

blés ne se gâtent pas dans tous les greniers, et quele feu ne consume pas la plupart des magasins.

Le second inconvénient vient d’un avantage appa-rent , qui laisse aggraver les maux avant qu’on lesaperçoive : c’est que le blé est une denrée que lesimpôts ne renchérissent point dans le pays qui laproduit, et dont, malgré son absolue nécessité, laquantité diminue sans que le prix en augmente ; ce quifait que beaucoup de gens meurent de faim, quoiquele blé continue d’être à bon marché, et que le labou-reur reste seul chargé de l’impôt, qu’il n’a pu défal-quer sur le prix de la vente. 11 faut bien faire atten-tion qu’on ne doit pas raisonner de la taille réellecomme des droits sur toutes les marchandises, quien font hausser le prix, et sont ainsi payés moinspar les marchands que par les acheteurs. Car cCsdroits, quelque forts qu’ils puissent être , sont pour-tant volontaires , et ne sont payés par le marchandqu’à proportion des marchandises qu’il achète ; etcomme il n’acliète qu’à proportion de son débit, ilfait la loi au particulier. Mais le laboureur, qui,soit qu’il vende ou non, est contraint de payer à destermes fixes pour le terrain qu’il cultive, n’est pasle maître d’attendre qu’on mette à sa denrée le prixqu’il lui plaît ; et quand il ne la vendrait pas pours’entretenir, il serait forcé de la vendre pour payerla taille ; de sorte que c’est quelquefois l’énormité del’imposition qui maintient la denrée à vil prix.

Remarquez encore que les ressources du com-merce et de l’industrie, loin de rendre la taille plussupportable par l’abondaucc de l’argent, ne la ren-